[Tradition] El Melhfa, le comble de l’élégance

Dialna - Melhfa

La melhfa, ce morceau de tissu magnifique de la région du Sahel est à l’honneur sur Dialna, cette semaine. Cette pièce de 3,50m sur 1,60m a traversé les siècles et les générations, devenant un symbole de beauté de toute une région. Le long de la côte atlantique, au niveau du Sahel, des montagnes de l’Atlas jusqu’aux terres du Sénégal, les femmes de ces régions se drapent d’étoffes de même taille, disposées de manière similaire.

Il est à différencier du melhfa Chaoui qui est un vêtement traditionnel autrefois caractéristique des femmes de la région des Aurès. D’ailleurs si des personnes veulent nous présenter un article sur ce vêtement Chaoui algérien, soyez les bienvenu.es, car tous les peuples autochtones sont célébrés chez Dialna.

Melhfa signifie « couvrir » en arabe et quand ces femmes portent ces tenues, elles resplendissent d’élégance. La melhfa tient un rôle très pratique dans la vie des femmes de cette région, qui connaît un climat principalement sec et chaud, cadencé  par des tempêtes de sable. Ce vêtement en plus d’être beau, protège des conditions environnementales difficiles du désert.

 

Un geste ancestral

Ce vêtement existe depuis le XIe siècle et les femmes de cette région procèdent au même rituel : de l’encens qui brûle dans un brasero posé au sol, de la fumée qui parfume cette étoffe. Ces femmes se vêtissent de la même façon depuis des siècles, elles opèrent avec les mêmes gestes. D‘abord on enroule autour du corps, on couvre les épaules, puis viennent les cheveux, et on finit par rabattre le bout du tissu vers le côté gauche de l’épaule. Si vous ne suivez pas à la lettre chaque étape, ce vêtement tombe tout simplement. Il existe aussi beaucoup de superstitions autour de la melhfa. 

Rakyia est une jeune femme vivant dans le sud marocain. Elle nous raconte un essayage de la melhfa avec les femmes de sa famille : « Un jour, j’ai essayé de nouer sur l’épaule cette étoffe et le noeud de l’épaule droite, s’est défait tout seul comme par magie, toutes les femmes de l’assemblée on commencé à pousser des zagharit, elle étaient contentes, car cela annonçait une bonne nouvelle. » 

 

Un langage codé 

La melhfa c‘est bien plus qu’un vêtement, c’est bel et bien une arme culturelle. Au XIXe siècle, dans cette région du sud du Maroc les femmes continuaient à le porter dans l’espace public contre le colonialisme espagnol, comme une manière de dire « vous nous ne déguiserez pas avec vos vêtements occidentaux ». Imprimée, brodée, teinte, avec des sequins, soyeuse ou rugueuse, la melhfa interprète le statut, la personnalité ou l’humeur des femmes. Elles s’expriment à travers ce voile. 

En effet, la texture, la couleur et la manière de porter ce tissu donnent des informations précieuses sur la situation des femmes qui le portent. Grâce à ce tissu, on peut reconnaître une femme mariée, divorcée, jeune, âgée ou encore son statut social dans la société. D’ailleurs certaines pièces de tissu peuvent dépasser les 1000 euros le coupon, c’est tout aussi cher qu’un caftan fait sur mesure. 

Lemlahef, le mot pluriel pour El melhfa dans la langue Hassaniya (langue parlée dans le sud du Maroc, Niger, Sénégal, Mauritanie et Ouest du désert algérien) se présentent généralement dans deux teintes, des couleurs claires comme le blanc, le vert clair et le bleu sont plutôt porté par les jeunes femmes, tandis que les couleurs sombres comme le noir, le marron et le bleu marine sont pour les femmes plus âgées.

L’épaisseur du tissu est aussi codée : Etalab, qui signifie littéralement jeunesse, est un tissu fin et plus transparent porté par les jeunes filles lorsqu’elles commencent à porter leurs premières El-melhfa. El-galith, qui signifie épais, est destiné aux femmes plus âgées.

Le type de melhfa, le plus iconique et le plus traditionnel est la nilla, ce vêtement existe depuis des siècles. La nilla est faite d’une matière très épaisse, et elle libère un résidu bleu marine également appelé enilla. Ce résidu est considéré comme très bon pour la peau et aide à lutter contre le rayonnement solaire et les tempêtes de sable. Au début du 20e siècle, ce bout de tissu la nilla était considéré comme le plus beau cadeau à offrir lors des demandes en mariage, car les prix de ces étoffes étaient juste faramineux. D’ailleurs quand ce tissu arrêtait de teindre la peau car trop usé, les femmes le donnaient souvent à leurs employées. 

La melhfa, un vêtement photogénique 

Dialna - melhfa
© Irving Penn

Que ce soit Irving Penn qui a photographié les femmes de Guelmim en 1971 ou Hervé Nègre qui a fait toute un livre photographique (avec un regard eurocentré), Melhfa, autour de ce tissu, de nombreux photographes ont été fascinés par la melhfa. Ils y voient des jeux de lumières, de plissures ou de textures. Si on regarde de plus près la photo de Penn, on peut y apercevoir les visages. Chaque pli du tissu est mis en scène par le photographe. Evidemment, on se devait également de rendre hommage aux photographies de Daoud Aoulad-Syad, dans lesquelles les femmes du sud portent ce vêtement avec fierté au milieu des hommes. J’ai essayé a mon niveau de construire une série sur la melhfa il y a 12 ans de cela et j’ai dû arrêter faute de moyens…

 Ce vêtement est un bijou d’élégance, qui inspire les créatrices/teurs de hautes coutures, qui a marqué l’histoire de la photographie et qui empuissance les femmes de flamboyance et de force. Parce que oui, dans cette région du globe, on ne le dit pas assez, mais les femmes sont de véritables amazones, elles ont tenus tête à des armées d’hommes et ont lutter contre la colonisation en portant ce vêtement. Chères lectrices si vous êtes héritières de cette culture, ou que vous soyez dans le monde, portez avec fierté la melhfa, faites péter les couleurs et les photos sur instagram, taguez #DIalnaMelhfa. Ce monde gris et fade à besoin cruellement de beauté et vous en faites partie. 

 

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