[Photos] Les femmes s’exposent au festival photo de Houlgate

Dialna - Les femmes s'exposent

Coup de coeur pour deux séries photos coups de poings au festival photo de Houlgate « Les femmes s’exposent ! » . Pour sa quatrième édition, ce festival qui dure du 1er juin au 8 août 2021, Lys Arango a réalisé un reportage au Guatemala sur les ouvri.ères agricoles et leurs conditions de travail déplorables et inhumaines. Quant à Emilienne Malfatto, elle a réalisé un reportage magnifique sur une population irakienne qui vit sur l’eau et tire elle aussi  la sonnette d’alarme sur la crise climatique qui va pousser cette communauté à s’exiler. Deux séries, deux femmes photographes et un point commun : les ravages du capitalisme dans un monde chaotique qui tue à petit feu les peuples autochtones. Bravo mesdames !

Si vous voulez bronzer, vous baigner, manger une glace, tout en visitant une superbe exposition photo en plein air, nous vous conseillons donc le festival de Houlgate, en Normandie. Du 1 juin au 8 août , les festival, appelé « Les femmes s’exposent » vous permettra de découvrir le travail de femmes photographes remarquables. Voici un focus sur deux d’entre elles.

Lys Arango | Jusqu’à ce que le maïs repousse

Photographe documentaire espagnole, Lys Arango est actuellement basée à Paris. Diplômée en relations internationales et titulaire d’un master de journalisme, elle développe des récits documentaires de longue durée qui mêlent photographie, texte et son. Lys Arango vit ses photos, elle fait corps avec ses sujets et comme tout bon reporter qui se respecte elle laisse le temps, la confiance et la compréhension s’installer entre elle et les personnes qu’elle va photographier. Des ingrédients nécessaires pour parvenir à developper ses projets sur plusieurs années. C’est comme cela qu’elle a ficelé avec brio cette série, Jusqu’à ce que le maïs repousse ! 

Dialna - Les femmes s'exposent
© Lys Arango

Ce reportage est une histoire visuelle sur la migration climatique au Guatemala. Dans les communautés autochtones des Hautes Terres, la question n’est plus de savoir si l’on en partira, mais quand. Lorsque Lys Arango a commenté ses photos sur la situation au Guatemala les larmes nous sont vite montées aux yeux. La force de son travail est d’expliquer visuellement comment le capitalisme programme et perpétue le cycle de la pauvreté ! L’extrême pénibilité du travail, ajoutée à la malnutrition sont le parfait combo pour exploiter ces populations. Tous les jours, ces ouvrier.es agricoles et leurs familles mangent le même repas : des haricots noirs et des galettes de maïs. Ce manque de diversité culinaire affaiblit la cognition des enfants, qui ne pourront pas suivre une scolarité normale et ne pourront donc pas sortir de la pauvreté ! Tôt ou tard, iels se retrouveront à travailler dans les champs, avec leurs parents. Toutes ces familles vont être exploitées dans des conditions violentes à subir le désordre de ce monde !  Avec une situation climatique de plus en plus aléatoires, les récoltes seront année après année, de plus en plus mauvaises. Et les opportunités de travail deviennent rares dans tout le pays.

« Au cours de la dernière année, j’ai documenté ce phénomène sous-évalué. Je travaille en ce moment sur la deuxième partie de ce projet, qui aborde les causes et effets de la malnutrition infantile chronique, également connue sous le nom de « tueur silencieux ». » Lysa Arango 

Si on observe le travail photographique de Lys Arango, on remarque le soin qu’ellle apporte à ses compositions. C’est du grand art jusqu’au titre : « Jusqu’à ce que le maïs repousse », qui explique bien l’attente et la dépendance de l’homme envers la nature. Il y a de la force, du contraste, de la couleur, des visages rayonnant de courage malgré la brutalité du sujet. Elle a travaillé son reportage comme des tableaux de Caravage, avec des clairs / obscurs magnifiques ! L’utilisation de noirs profonds annonce d’une apocalypse, et pourtant, les visages de ces sujets gardent l’espoir d’une prise de conscience internationale qui allumera un nouveau chapitre pour l’humanité !

Dialna - Les femmes s'exposent
© Lys Arango

Merci Lys pour ce vrai travail de reporter.

Emilienne Malfatto | Le dernier Éden

Emilienne Malfatto est photojournaliste et photographe documentaire. Après des études en France et en Colombie, elle entre à l’Agence France-Presse puis s’installe en freelance au Kurdistan irakien, en 2015. Cette jeune femme parle 6 langues dont l’arabe et son travail nous permet de jeter un oeil sur un Irak méconnu, avec les marais de Mésopotamie ! Elle découvre cette région hors du temps en 2016, et y retourne régulièrement pour créer des liens avec les gens sur place. Encore une fois, la patience et le temps sont les ingrédients de la réussite d’un bon reportage. Sa connaissance du pays et de la langue lui permettent d’explorer des aspects intimes de cette société à part qui vit sur l’eau. Elle collabore avec le « Washington Post » et est également autrice du roman dont l’action se situe justement en Mésopotamie, Que sur toi se lamente le Tigre, publié aux éditions Elyzad. Elle a d’ailleurs été  lauréate du prix Goncourt du premier roman.

DIalna - Les femmes s'exposent
©Emilienne Malfatto

C’est un autre Irak qu’Emilienne Malfatto nous présente, un Irak qui flotte sur les marais de Mésopotamie, dans le sud du pays. Les « Arabes des marais », comme on les appelle, vivent de la pêche, de la culture des roseaux et de l’élevage des buffles d’eau. Cette région qui semble vivre hors du temps, est aussi le pays où l’on a retrouvé les premières traces d’écriture. Cette partie du monde à l’histoire si riche a été détruit en moins d’une décennie par l’occupation américaine. Les États-Unis, en plus de détruire cette culture ont diabolisé cette population à coup de matraquage publicitaire/journalistique nauséabond. On se souvient notamment du speech de Georges W. Bush sur le fameux ‘Axe du mal ». La déstabilisation politique dans cette région va faire vaciller la vie des populations autochtones. Aujourd’hui en conséquence de ces crises politiques, de nombreux barrages ont été construit sur le Tigre et l’Euphrate, les fleuves qui alimentent de nombreux pays en eau, comme la Turquie, la Syrie, en plus de l’Irak. Tous se servent en amont …

« Les marais ne couvrent plus que 3 000 km², contre 15 000 jadis. Si l’eau vient à manquer durablement, les habitants devront partir. Ils seront chassés d’une enclave de paix et jetés dans des zones de troubles. Chassés de l’Éden » Emilienne Malfatto

Les photos d’Emilienne sont d’une maîtrise remarquable ! Les images oscillent entre rêve et réalité, entre des plans paysage et portrait. On peut voir un enfant dormir sous un voile et des pêcheurs lancer leurs filets pour gagner leurs vie. Des images couleur sable dominent l’écriture photographique de cet oasis protégé par les roseaux. Il nous reste en tête cette superbe photo prise dans une mosquée pour homme à l’heure du thé. Si on s’approche bien de l’image on voit les tiges des roseaux qui forment les arcades de ce lieux de culte flottant. Cet endroit comme cette série photographique, c’est de la poésie pure. Les gens y sont magnifiques avec des visages lumineux, qui nous donnent envie de nous accrocher à un espoir que les peuples mères ne vont pas mourir via ce système capitaliste violent ! A nous toustes de le démanteler brique par brique inchallah !

DIalna - Les femmes s'exposent
© Emilienne Malfatto

Choukrane Emilienne Malfatto d’avoir mis le zoom sur cette partie du monde.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.