[Humeur] La néo colonisation dans mes relations…

Je suis un “produit” direct de la colonisation, une descendante de tirailleur africain, une fille d’ouvrier, une enfant des cités HLM d’île de France.
Tout ces ingrédients, sont encore présent dans ma vie d’adulte,  je porte une histoire qui a formé mon caractère, mes peines, ma fierté mais aussi mes colères.

Et dernièrement j’ai eu une montée de colère en moi, comme c’est pas permis, quelques choses de physique, qui m’a dépassé et qui m’a surtout fait peur ! Parce que je voyais la “debza” partir aussi vite que la tentative d’humiliation lancé par la personne “bienveillante” qui avait, besoin de m’apprendre à parler. Sur un ton d’instituteur(trice) en retraite j’ai eu le droit  à un  :  “Oh Nora tu pourrais faire un effort quand tu parles enfin !”

“La debza = le poing dans la gueule”
Acte que j’aurais amèrement regretté par la suite, car je pense sincèrement que lorsqu’on glisse vers la violence, on se retrouve en situation d’échec.
Je n’ai pas, non plus envie d’asseoir cette image de petite sauvageonne qui ferait bien plaisir à la personne en face… Et donc je vais écrire un article sur le sujet c’est plus sain.

Des cons “d’anciens colons”
J’en ai vue toute mon enfance,  j’ai assisté à des scènes d’humiliations vécus par toute une génération de parents issu de l’immigration, se faire reprendre ou être moqué par leur chef, le maire, la concierge, les professeurs ou le banquier. Cette manière si méprisante de les reprendre, c’était un moyen comme un autre de perpétuer la colonisation, elle n’était plus territorial mais mentale. Une façon de nous marquer socialement pour bien nous faire comprendre, “on continue à vous apprendre des choses, vous ne savez rien et surtout rester à votre place ! “
En vieillissant je me suis rendue compte que plus on avait du vocabulaire, plus notre champs de vision s’élargissait et notre façon de voir le monde s’améliorait. Donc la société de l’époque avait tout à gagner à complexer ces immigrants quand ils prenaient la parole,  pour les coincer dans une pauvreté culturelle, financière et morale.

Infantilisez une personne, et vous la contrôlerez. CQFD.

« La Hagra = Humiliation »
Pensez vous que tout ces moments  de “Hagra” sont oubliés comme ça en claquant des doigts ? Ils sont enregistrés dans mon cerveau, dans mon corps et dans ma peau ! Et ce genre de réflexion que l’on m’a faite en public, ça à  l’air de rien pour certain, mais pour moi c’était la goutte d’eau qui a fait déborder un vase bien trop plein.
Aujourd’hui les choses ont changé ! Je ne suis pas une linguiste et mon français n’est pas impeccable, mais… Jamais au grand jamais ne t’avise de me  reprendre publiquement ! N’essaie pas de me faire perdre la face devant une assemblée pour que tu puisses toi briller de ton pseudo-savoir et surtout n’essaie pas de corriger mes expressions à la con, parce que comme mes expressions je peux être très con aussi  !

Conclusion :

La culture et le savoir ne sont  pas de simples loisirs, pour briller dans les diners mondains, ce sont des sports de combat, pour ne plus laisser personnes m’inférioriser . Quand on verra un(e) migrant(e) ou un(e) chibani(a) se faire reprendre et être complètement infantilisé,  on ne doit plus laisser ce genre de situation passer que ce soit dans les institutions ou l’espace public, le comble de l’impolitesse c’est de mettre une personne mal à l’aise en société. Quand l’autre ne vous comprend pas, il/elle ressent la manière dont vous le/la traiter, il faut arrêter d’insulter l’intelligence des gens !  La « white supremacy » doit revoir ses cours de politesse, qu’elle a essayé de nous inculquer depuis des siècles… Cette relation post-coloniale n’a que trop duré,  c’est bon la fête est fini !

Force à nous.

Je dédie cet article à Nassima Guessoum « ne lâche rien ! « .

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2 Comments

  1. Ismael
    31 janvier 2017
    Reply

    Si les rôle étaient inversés, que ce soit un non blanc qui reprenne un blanc en public, devrions nous également nous offusquer, ou bien le défendre?

    • 31 janvier 2017
      Reply

      Pour que les rôles soient pleinement inversés, il faudrait que les blancs aient été colonisés par les non blancs pendant des siècles, et qu’ils aient mis en place un système ou les blancs soeint obligés de venir immigrer en Afrique pour y travailler dans des conditions précaires. Il faudrait que leurs enfants pourtant nés sur place soient toujours considérés comme étrangers et là peut être, que si un non blanc reprenait un blanc sur une parole maladroite, de manière humiliante, on pourrait s’en offusquer.

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