[Humeur] Football, mon amour

Dialna - football

« Ah mais tu t’intéresses au football, Nadia ? »

« Oui, c’est une vieille passion de jeunesse, qui revient aujourd’hui, tous les 4 ans ou presque. »

« OK, t’es une footix en fait, t’y connais rien, en même temps t’es une femme. »

« Tout d’abord, je t’em*****. J’ai rien à prouver mais bon, regarder des matchs Guingamp – Lorient tous les weekends, je pense avoir autre chose de certainement plus intéressant à faire. J’aime les grandes compétitions internationales plutôt que les guerres de clubs et de supporters, fanboys. »

« Tu ne sais pas comment ça se passe sur le terrain, je suis sûr que tu ne connais pas la règle du hors-jeu, et que tu ne comprends rien aux statistiques.. »

« OK, Christian Jean-Pierre. Je ne vais pas casser ton jouet, tu pourras continuer à croire que t’es un grand joueur ou entraîneur sur Fifa, et faire la guéguerre du meilleur club et des meilleures stats’. Moi je vais continuer à aimer ce sport, à regarder du beau spectacle, et des beaux gestes. »

Oui, vous avez du brièvement le remarquer. Depuis un mois, le monde ne vit que par le football. La France aussi. Surtout. Je ne vais pas jouer le jeu des clichés. J’ai beau être une femme, j’aime le foot. Ou du moins je l’ai aimé. Et puis j’ai rencontré des supporters fanatiques et ça m’a enlevé tout le plaisir de suivre un championnat, par exemple Ces gens m’ont arraché l’amour de ce sport et l’ont piétiné. Eux et Pierre Menès. Et puis, j’avais aussi envie d’avoir du temps libre pour autre chose. Alors, oui pour les grands événements comme la coupe du monde, l’Euro, la CAN, je retrouve mes amours de jeunesse. Peut-être aussi parce que je préfère les matchs internationaux que les enjeux de clubs.

Pour autant, j’ai commencé à m’intéresser au foot par un club français. Avant de faire mon coming out (bien qu’on soit en juillet), je dois préciser que personne chez moi ne s’y intéressait. Ni mon père, ni mon grand frère. Du coup, les occasions de tomber sur un match de foot à la télé chez moi étaient proches des chances d’une sélection africaine de passer le 1er tour d’une CDM. Les seuls matchs de foot que j’avais pu voir, c’était ceux qui duraient à peu près 35 épisodes du dessin animé Olive et Tom. 
Vous voyez, le foot finalement, c’est un peu comme le voile, aucun homme ne m’y a forcée… Enfin aucun… Pas tout à fait vrai. En fait il y en avait bien un. Un Anglais. Qui jouait quelque part en France. L’unique. Chris Waddle.

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Chris Waddle, sans la coupe mulet. (Capture d’écran, album panini)

J’avais 14 ans, j’étais en 3ème. Et en regardant une quelconque émission de variété sur TF1, je tombe sur ce type qui avait l’air foufou. Je ne sais même plus pour quelle raison il y était. Et le type est sympa. Et drôle. (Et bon, ok je l’ai trouvé beau, à 14 ans on a des goûts de merde parfois). Et, puis on a droit à des images de lui sur le terrain, maillot de l’OM sur le dos. Vrai déclic. C’était magique. Je ne comprenais pas tout ce que j’étais en train de voir. Ce type faisait ce qu’il voulait avec le ballon, il avait l’air de s’éclater (ses adversaires, beaucoup moins), et son équipe gagnait !


(Coupez le son, la musique est naze)

C’était parti, j’ai enchainé les émissions de foot, suivi le championnat français et les autres. J’ai hurlé de joie quand l’OM a gagné sa coupe d’Europe (on peut dire ce qu’on veut de Tapie et des autres clubs, mais c’est le seul club français à avoir réussi ça). Et bien sûr, j’ai vibré avec les succès et échecs des Bleus (PS : message à David Ginola : on t’a pardonné ta mauvaise relance en 1993. Bisous. PPS : J’ai cité un jouer de l’OM et un du PSG, j’ai rétabli la paix entre ces deux clubs. De rien).

Je ne vais pas vous refaire l’historique des clubs, joueurs, et équipes nationaux depuis cette année là. Vous la connaissez. Si ce n’est pas le cas, finalement, ce n’est pas si important. Oui, j’estime qu’on n’a pas besoin d’être une encyclopédie de la FIFA sur pattes pour avoir l’autorisation d’aimer ce sport, d’en parler, de le regarder, de vivre un événement comme la coupe du monde. On sait ce qui se cache derrière cet argument, hein. Parce qu’il faut avoir pas mal de temps libre pour regarder les championnats français, espagnols, anglais, allemands, italiens et j’en passe pour connaitre les stats par coeur. Et qui a ce temps, vu que les tâches ménagères sont encore loin d’être partagées équitablement et que la charge mentale de tout un foyer repose toujours sur les mêmes ? On s’est compris. Mais sachez que mes cours du maths du jeudi matin en Terminale étaient plus dédiés aux débriefings de match de Champion’s League qu’aux fonctions et autres équations. Ce qui explique ma note déplorable en Maths au bac, coefficient 5. Ça, et le fait que cette année là, il y avait l’Euro, en Angleterre. J’enrageais de la non sélection d’Eric Cantona. Et comme beaucoup de Français, j’étais loin d’imaginer qu’Aimé Jacquet avait déjà une vision très précise de ce qu’il voulait pour 1998.

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C’est automatique, vous avez en tête « La, la, la, la, la.. » Désolée (Capture d’écran)

Donc, bien sûr, le point culminant de mon amour pour le foot a été cette année 98, comme pour beaucoup. 20 ans, une coupe du monde qui se passe chez nous (oui), avec en plus la présence de mon pays d’origine (Mustapha Hadji, je pleure encore votre élimination malgré ce superbe but, l’un des plus beaux cette année là). Avec, en conclusion la première étoile au maillot. Et le sacre de Zinedine Zidane (On a aussitôt pardonné ton coup de tête à Materrazzi, en 2006. Coeur sur toi, à vie).

(Si cette vidéo ne vous donne pas des frissons, vous n’êtes pas humain)

Comme je le disais, 20 après, il ne me reste qu’un engouement ponctuel, mais tout aussi fort. Pas toujours en direction de l’équipe nationale, je ne vous le cache pas. Cette année, j’ai soutenu les équipes qui avaient peu de chances (oui, je dois aimer les loosers), ou les outsiders (Africa represents, surtout mes Lions de l’Atlas). Je l’assume, bien que le niveau de la majorité des Bleus soit impressionnant, j’ai eu du mal avec cette équipe. Ou plutôt avec ce qu’elle est censée représenter. En 1998, on a cru à un vrai changement par le football. Tout le monde était uni par cette victoire et celle de 2000. Des gens qui n’avaient jamais osé se revendiquer français, car on leur avait toujours refusé, brandissaient fièrement le drapeau tricolore. Des gens qui ne voyaient jamais ceux qui leur ressemblaient être des héros nationaux ont cru à un changement. Mais ça n’a pas duré. On sait tous ce que la France a connu politiquement derrière. Et on n’a pas oublié non plus le racisme affiché d’un Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France quelques années plus tard et son avis sur les quotas et les joueurs bi-nationaux. Plus personne n’en parle mais Lolo, moi je ne t’ai pas pardonné. Par pitié, ne nous refaites plus le coup de la France Black, Blanc, Beur. Déjà, parce qu’on n’a jamais acceptés ces termes utilisés. Et puis ça n’a jamais vraiment existé à vos yeux. Maintenant on le sait.

« Je retourne ma veste, toujours du bon côté »

Dans deux jours, l’équipe de France jouera la finale de la coupe du monde, édition 2018, avec de grandes chances de la remporter. Mon entourage, que j’ai saoulé pendant un mois, sait à quel point je ne supporte pas certains joueurs de cette équipe (Monsieur blackface – « calmos les amis » et Monsieur je foire toutes les attaques construites par mes coéquipiers), ainsi que l’entraineur et certains de ses choix. Non, je n’ai pas digéré l’éviction de Karim Benzema. Je peux comprendre une non sélection pour le bien-être du groupe. Néanmoins, impossible de ne pas y voir une volonté politique plus vicieuse. On fait payer au jeune lyonnais le fiasco de 2010, quand bien même il n’y était pas. Il représente aux yeux de la Fédération, et de certains Français, tout ce qu’ils ne veulent plus voir dans cette équipe, ce pays. Forcément, ceux et celles qui lui ressemblent le prennent mal …

Cependant, la majeure partie de cette jeune équipe mérite de brandir cette coupe comme leurs ainés il y a 20 ans. Parce que j’ai envie que les gamins de 20 ans vivent ce qu’on a vécu en 98. Je veux que ma nièce de 10 ans, qui est à fond derrière cette équipe soit heureuse de vivre ça, et qu’elle en garde de superbes souvenirs. Pour Aya, je veux bien soutenir cette équipe.
Alors dimanche, bien entendu, tant qu’à faire, je veux voir Mbappé marquer. Et pourquoi pas Pavard, Kanté ? (Nabil Fékir, tu mérites tellement mieux que de ne rentrer qu’à la 82ème minute d’un match, on pense à toi à chaque fois). Et je crierai de joie, si victoire française il y a. Surtout si beau spectacle il y a. Parce que, ce qui me plait avant tout dans ce sport, c’est la beauté des gestes, la qualité des actions. Pas la guéguerre du genre « mon équipe est la plus forte, mon équipe a bouffé la tienne… »

La victoire, oui. Mais la beauté du jeu, surtout.

Allez les Bleus ! (Sauf Griezman, je ne l’aime pas, oui parfois je suis rageuse)

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