[Humeur] Profession portraitiste

Quand on me pose la question, tu fais quoi dans la vie, je ne sais plus quoi répondre…En fait je réponds très vaguement à cette question..Galeriste, curatrice, intervenante… Et quand j’ose dire que je suis photographe, neuf fois sur dix j’ai le droit à un « Ah moi aussi » … Comme je suis polie je pose la question : « Ah oui tu fais quoi comme photo ? » Et là j’ai le droit à un éventail d’images, ça peut aller d’un travail super abouti à la photo d’une coccinelle sur un brin d’herbe (Ô lord help me).

Un jour une femme qui était un peu sur l’offensive avec moi m’a sorti : « moi aussi je suis comme toi, moi aussi je suis photographe, moi aussi je fait des images !!! »  Bah « bsahtek sister » et tu fais quoi comme image et elle me répond : de la macro ! Ok… Je vais crever…

dialna - portraitiste

 

C’est comme si je demandais à un peintre tu fais quoi comme peinture, et qu’il me répond du pinceau…

Aujourd’hui, clairement tout le monde peut faire de la photo, la technique s’est vulgarisée grâce aux smartphones, ça pousse la créativité de chacun et c’est très bien… Mais personnellement, je pense qu’il faut du temps, du travail et connaître quelques échecs avant de se dire photographe, ou en tout cas avant d’aiguiser son écriture photographique. J’en ai cramé des pellicules, plans, films et autres papiers argentique avant de réussir à sortir une série.

Bien avant de me spécialiser dans le portrait, j’ai tout essayé pour comprendre que je ne pouvais pas tout photographier. Par exemple la photo d’architecture à réaliser me gave, me gonfle, m’emmerde au plus haut point. J’adore regarder le travail des autres, mais clairement c’est pas mon truc… La photo de scène c’est mon pire cauchemar, les gens bougent, la lumière changent et mon espace est hyper réduit. La photo de mariage c’est un joli métier, mais tenir une nuit entière à photographier des gens qui s’amusent, ça peut être ingrat et mal payé, à cause justement de cette vague d’amateurisme qui a clairement « niqué » le marché.  J’ai fait quasiment le tour de tout les styles photographiques et le portrait en studio c’est vraiment ma came !

Premier déclic:

Les meilleurs professeurs n’ont pas besoin de trop parler il suffit de les voir travailler. J’ai eu la chance de poser pour Quinn Jacobson, et je l’ai aussi assisté en laboratoire et studio. Ses portraits sont durs, forts et sans concessions. Quand vous posez pour ce photographe collodioniste, il se passe quelques chose d’incroyable, vous êtes le centre de l’univers. Rien n’existe autour de vous, il est avec vous.  Une leçon qui vaut de l’or à mes yeux quand il m’a dit :  « rentre en contact avec ton modèle, scanne le de la tête au pied et valorise le à 100%. »

dialna - portraitiste

Et puis il y a aussi la grande Annie Leibovitz, qui a pris les portraits des personnalités les plus prestigieuses de ce monde, et un jour elle avoue avoir raté une photo de groupe pour une couverture de Rolling Stone magazine. Elle en parle de manière décomplexée, une grande portraitiste de ce niveau avoue sans problème, son échec ! Elle dira de cette couverture : « Je me suis plantée pour cette photo, j’avais une brochette d’artiste incroyable et j’ai raté une belle opportunité de faire une belle photo de groupe, depuis je n’hésite plus à refaire 1000 fois la photo si besoin ». Leibowitz m’a appris à ne pas lâcher l’affaire tant que je ne suis pas satisfaite du portrait ou sinon on ne montre rien !

dialna - portraitiste

L’univers du studio :

J’ai donc appliqué ces deux règles me connecter avec mon/ma modèl-e et travailler sans relâche ! Je veux être seule avec la personne en studio, aucune présence derrière mon dos et pas de portable. Une relation super privilégiée et complice le temps de la séance. En général, il y a un bel échange « énergétique ». Quand je pense que j’ai un à deux portraits de correct en réserve sur ma carte,  ça veut dire que je suis à peu près satisfaite de mon travail, après il y a la découverte de l’image sur grand écran, une autre histoire. 🙂

La relation humaine est capitale quand vous réalisez un portrait en studio c’est une bulle hors du temps, il y a des gens qui se laissent diriger et d’autres qui se braquent au point de ne rien obtenir d’eux… Et on fait quoi à ce moment là hein ? Soit on prend une photo tendue et ça peut bien rendre, comme ce superbe portrait de Christopher Lee par Nadav Kander, qui a été agacé par les questions du photographe au moment de prendre la photo. (grandiose).

Soit on laisse tomber l’affaire « merci de votre venue, reprenez votre chèque et au-revoir ».  Faut pas forcer les relations humaines car au final personne ne sera content.

Google images :

Depuis la fin du vingtième siècle, on ne peut plus déconner avec les images, vous tapez un nom sur google images et vous avez une galerie de photos qui vous tombe dessus,  et ça peut être tout et n’importe quoi ! Justement, on ne peut pas faire n’importe quoi avec le portrait de quelqu’un, on peut pas regretter son travail au point de se dire « merde merde c’est quoi cette photo de merde » .  Donc quand je réalise un portrait je me mets une pression psychologique assez importante, d’où le besoin de travailler seule.

La beauté d’un visage :

il n’y a pas si longtemps de cela, j’ai pris conscience du pourquoi je suis devenue portraitiste, pour prendre le contre-pied à cette violence sociétale. Il fut un temps où une société entière a voulu effacer mon visage de la carte, tout ce que j’étais, mes sourcils, mon nez, ma couleur de peau, mes aspérités étaient une insulte pour elle, je ne devais pas exister ! Le visage de la haine, je l’ai vue de très près, des années plus tard, j’ai décidé de soigner ma blessure morale, en prenant soin de ces visages, en respectant l’être humain dans tout ce qu’il-elle a de plus complexe son histoire, porté par chaque ride, cicatrice, sourire, regard et soupir ont été valorisés lors d’une séance photo et ils-elles ont nourri ma personnalité et ma façon de penser, celle d’une portraitiste.

 

dialna - portraitiste

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