[Musique] Chant Aïta

L’aïta est un chant made in Morocco « appel, cri ou complainte » est chant rural spécifiquement marocain.

Selon Wikipédia

« Il est chanté  par des groupes mixtes composés de musiciens et chanteurs ainsi que des chanteuses et danseuses, ces femmes étant appelées des chikhates. Les anciennes chikhates étaient des sortes geishas marocaines mais aujourd’hui, depuis qu’elles peuvent vivre de leur art, elles sont devenues des chanteuses à part entière. »

Selon Moi

La Aita n’est pas accessible à tout le monde, comprendre cet art, c’est forcément avoir quelques choses de « Fucked up » en soi,  sinon on entend plutôt des voix chevrotantes et des rythmes complètement dis-harmonieux. Je me souviens la première fois que j’ai vraiment été connecté à cette musique, j’étais en miettes et puis la chanteuse Hlima se met à crier cette chanson :

 

 

Et là les vannes de la tristesse ont été ouvertes, impossible de retenir mes larmes ! Son cri à été connecté à mon cri intérieur, une expérience limite chamanique, depuis je n’écoute plus cette musique de la même façon.

J’entends déjà les cyniques, rire ou sourire à ma comparaison d’une chikhat à un chamane. Claro je m’en fout ! J’ai vu leur pouvoir sur la foule, j’ai vu les gens entrer en transe dés la première note, j’ai été moi aussi bouleversée par cette douleur pure quand elles ont crié de leurs voix, timbrée de souffrance et d’amertume au milieu de la nuit.

Ces artistes, n’ont pas bonne presse, mais  je sais qu’elles sont comme des bougies, elles se consument pour nous donner plus de lumière. Moi j’aime ces femmes, parce qu’elles nous divertissent, elles déclarent leur amour en public, elles assument aussi l’amour charnel, elles s’expriment à travers un art tribal, avec toutes leurs forces et leur vécu jamais facile. Elles se battent, dirigent des groupes de musiques, portent de l’or, boivent du whisky et nous emmerdent si ça nous dérange ! Et elles ont bien raison.

Je rends hommage aux femmes, parce que c’est franchement pas facile pour elles ! Mais cet art a aussi été pratiqué par des hommes et tout ces artistes ont participé à l’indépendance de leurs pays, en chantant des textes ultra codés, pour remonter le moral des troupes et dire « on ne plie pas face à l’invasion ».

Dans tout le Maghreb l’art de la Aita c’est une spécialité populaire marocaine, c’est un cri d’amour, de tristesse ou de joie, c’est le cœur qui bat d’une population qui n’a rien à perdre. Il y a aussi beaucoup de similitude avec le flamenco tant dans la façon de danser (Kaada) que la façon de déclamer les textes.  C’est vrai, longtemps il n’a pas été de bon ton d’aimer cet art, que l’on trouve souvent vulgaire et superficiel, mais aujourd’hui la maison de la poésie au Maroc a décidé d’éditer un livre, aux éditions Toubkal, intitulé « Al-Aita, poésie orale et musique traditionnelle au Maroc » Je suppose que si les élites vont commencer à s’intéresser à cet art, ça va devenir Super-Hype de danser sur du Abellah El Bidaoui ou du Fatna Bent el houcine (bah voyons). C’est pas grave, ce qui compte c’est que cet art soit reconnu comme un mouvement artistique à part entière.

Mais je persiste et signe, il faut avoir quelques choses d’abimé pour aimer cette musique, cet art qui voyage depuis toujours, dans mes cellules pour mieux oxygéner mon cerveau et mon cœur.

 

 

Ci dessus le portrait de Fatna Bent El Houcine, une pionnière en la matière. Izza Genninin a réalisé un documentaire sur elle juste avant sa mort

Izza Genini, réalisatrice: « Il n’y avait pas ce côté « ce n’est qu une Cheikha », On sentait un respect de la part du public à son égard (…) Sa personnalité me passionnait. C’est une femme tranquille avec elle-même, très décontractée, plaisantant assez souvent, et quand elle chantait on sentait les poils de nos bras hérisser » 

La « aïta » se subdivise en plusieurs genres :

  • L’aïta jabaliyya (montagnarde) du Nord-Ouest du Maroc (aussi appelée taktoka)
  • L’aïta de Khouribga (dite aabidate ‘rma) ;
  • L’aïta marsaouiyya de la région des Chaouiya ;
  • L’aïta de la Hasba dans la région des Abda ;
  • L’aïta haouziyya de la région de Marrakech.

Parmi les artistes les plus populaires de ce style musical, on peut citer Haja Hamounia, Haja El Hamdaouia, Fatna Bent El Houcine et Abdellah el Bédaoui.

 

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1 commentaire

  1. Bonjour,
    Je tenais à vous remercier du fond du cœur pour votre magnifique article et votre témoignage.
    Je suis Fwad Darwich, musicien et compositeur marocain établi en France. Je mélange le jazz contemporain avec les musiques traditionnelles marocaines.
    Je suis passionné par l’histoire géopolitique du Maroc et son influence sur ses musiques traditionnelles.
    J’espère que j’aurai l’occasion et le privilège de pouvoir échanger avec vous à ce sujet.
    Je vous remercie encore pour votre bel article et je vous souhaite de bonnes fêtes.
    Bien à vous.
    FD

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