[Série] I May Destroy You : consentement, viol et trauma

Dialna - I may destroy you

Dans I may destroy you, Michaela Coel campe le personnage d’Arabella, jeune auteure ayant eu du succès en ligne, et qui doit maintenant gérer la pression d’un premier contrat d’édition. La jeune femme, facilement distraite, insouciante voit sa vie, son regard sur les autres et elle-même basculer après un viol en boîte de nuit. Alors qu’elle a du mal à réaliser et à comprendre ce qui lui est arrivé, Arabella va entamer une longue introspection.

I may destroy you (Je pourrais te détruire) signe le grand retour sur nos écrans de Michaela Coel, la créatrice de la série Chewing-gum, dont nous vous avions déjà parlé. Après l’énorme succès, public et critique, de cette série, tout le monde attendait la nouvelle création de la jeune femme. Et c’est une chronique acerbe de la condition de la femme aujourd’hui, des agressions sexuelles si tristement banales, et du consentement sous toutes ses formes dont il s’agit. Michaela Coel y est l’interprète principale, mais aussi la réalisatrice, l’auteure et la productrice de la série. On assiste tout simplement à une exploration incroyable des questions de race, de genre, de consentement, et le résultat est épatant.

Dialna - I may destroy you
Michaela Coel joue le rôle d’Arabella dans « I may destroy you »
© HBO

Alors qu’elle est censée finaliser son manuscrit, Arabella rentre d’Italie, où vit son petit ami. Ses agents lui mettent la pression pour qu’elle rende son texte au plus vite. Ne lui restant qu’une nuit pour le finaliser, elle décide de s’isoler pour travailler. Mais la distraction d’une soirée avec des amis est plus forte que sa motivation. Au final, drogues, alcool, et black out. Elle rentre au petit matin pour finir son texte, mais d’étranges flashbacks, ainsi qu’une blessure au front lui font penser qu’il s’est passé autre chose cette nuit-là.

Mémoire traumatique

I may destroy you, c’est bien plus que la simple enquête pour retrouver le violeur d’Arabella. Il s’agit plutôt de la capacité d’Arabella, ainsi que des autres personnages à gérer et appréhender son traumatisme, et à se reconstruire. Déni, acceptation, résilience, la jeune femme traverse ces étapes pendant les nombreux mois entre son viol et le moment où elle découvre la vérité.

La série joue avec de nombreux procédés narratifs (points de vue multiples, flash backs). Certains pourraient s’attendre à être perdus par cela, mais bien au contraire, cette narration permet plus de subtilité dans l’appréhension des événements et des personnages. Et comme on a l’habitude avec les séries anglaises, Michaela Coel, et HBO (co-production avec la BBC), c’est la liberté de ton absolue qui est primordiale dans I may destroy you.

Dialna - I may destroy you
Michaela Coel dans « I may destroy you »
© HBO

« Avant d’être violée, je ne faisais pas grand cas d’être une femme, j’étais trop occupée à être noire et pauvre », dit le personnage d’Arabella. C’est là le point pertinent de la série. Il s’agit du point de vue d’une femme noire, issue d’un milieu populaire, qui réalise que sa condition de femme impacte aussi son bien être. Parfois agaçante, parfois touchante, le personnage interprété par Michaela Coel elle-même est une boule d’énergie ayant du mal à se canaliser. On ne sait d’ailleurs jamais quand elle va exploser. La série excelle par son réalisme, et la performance de Michaela Coel est brillante. Les situations, les discours sont cash. Pas trash. On y voit tout simplement la vie d’une jeune femme londonienne, noire, tentant de se reconstruire après un lourd traumatisme, passant du rire aux larmes en un clignement des yeux. On a même parfois l’impression que les acteurs improvisent, ou que l’on est devant un documentaire. C’est ce qui rend la série captivante.

Dialna - I may destroy you
Michaela Coel et Weruche Opia dans « I may destroy you »
© HBO

Le personnage d’Arabella n’est pas juste une victime. Il n’a pas été écrit uniquement sous le prisme de son traumatisme. C’est l’une des forces de la série. On apprend d’abord à la connaitre elle, ses amis, sa relation longue distance, sa carrière d’auteure, et son rapport à la célébrité des réseaux sociaux. Et c’est tout cela qui va être chamboulé par son viol.

Une série basée sur l’expérience de Michaela Coel

Ce sujet d’ailleurs n’est pas étranger à Michaela Coel. Elle l’avait révélé en 2018. Pendant l’écriture de la deuxième saison de Chewing-gum, la jeune femme a fait un break et est sortie faire la fête avec des amis. Le point de départ de I may destroy you est exactement ce qui lui est arrivé. « Il m’a fallu deux ans et demi pour écrire tout cela. Je n’ai rien fait d’autre pendant ce temps. Ça a vraiment été difficile mais aussi cathartique », expliquait-elle lors d’une émission de radio anglaise.

Michaela Coel y est touchante, impressionnante. Elle est définitivement l’une des artistes les plus douées de sa génération. Elle s’entoure également de Weruche Opia dans le rôle de Terry, sa meilleure amie, ainsi que Paapa Essiedu, dans celui de Kwame, l’autre meilleur ami. Les réfexions et intrigues liées à ces personnages s’ajoutent d’ailleurs au fil conducteur et permettent une réflexion percutante et indispensable sur le consentement.

Il est très rare d’avoir des personnages noirs aussi complexes, étoffés, et qui mettent en valeurs la diversité des expériences noires anglaises. La subtilité des thèmes et la diversité du casting font partie de la réussite de cette série.

On peut aussi voir I may destroy you comme l’histoire du passage à l’âge adulte pour cette génération de jeunes trentenaires. La série est émouvante, parfois dérangeante, drôle et juste. Elle amorce également une belle réflexion sur les responsabilités envers ses ami.e.s et surtout envers soi-même. La série sème le trouble dans l’esprit, et ce, jusqu’à l’épisode final. Michaela Coel a vraiment su créer une oeuvre déroutante, avec différentes lectures possibles qui questionne le consentement, ainsi que les cicatrices laissées par son absence. On y repense longtemps après l’avoir finie.

Diffusée en France depuis le 8 juin sur OCS, la série est donc une co-production BBC – HBO. On peut s’étonner de ne pas la retrouver sur Netflix. La jeune femme leur avait d’ailleurs présenté le projet. Le groupe américain lui avait proposé un contrat d’un million de dollars, mais avait refusé de lui laisser un pourcentage sur ses droits d’auteur. Dans la foulée, elle a viré son agent américain après avoir appris qu’il accepterait de faire des modifications sur le programme. I may destroy you porte bien son titre … 

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