[Portrait] Sanam Sindhi, esthète et archiviste

Dialna - Sanam Sindhi

S’il y a bien une personne qui travaille au quotidien à redéfinir notre façon de penser la beauté, c’est Sanam Sindhi. Et c’est ce qu’elle fait avec South Asia Archive, une plate-forme sur Instagram sur laquelle elle partage ses recherches sur la culture sud-asiatique, en mettant en plus l’accent sur la beauté, la parure, l’identité et la queerness.

En créant Dialna, nous avons toujours eu cette envie commune de redéfinir le beau, de casser cette idée que les traits européens seraient l’épitomé de la beauté, en valorisant des parcours et des visages que cette société n’a cessé de dévaloriser.

Dialna - Sanam Sindhi
Sanam Sindhi (DR)

Mais qui est Sanam Sindhi ?

Née à New York en 1991, cette jeune femme a grandi entre l’Inde et les États-Unis, avant que cette double culture ne soit une richesse, pour elle. Elle raconte à quel point les enfants ont été cruels avec elle, à chaque fois qu’elle revenait d’Inde avec du henné sur les mains. On l’appelait alors « la potelée marron » (the chubby brown girl).

Elle comprend très tôt qu’elle est différente des autres, mais surtout qu’elle est plus intelligente que ces personnes qui la critiquent sans honte quand elle porte de beaux saris pour aller au restaurant. En effet il y a quelques chose de puissant quand on porte les vêtements de nos ancêtres, une force qui dépasse le rationnel, une énergie que ces oppresseurs ne pouvaient pas comprendre.

« La seule auto-défense que j’ai trouvée à cette époque, c’était de prendre soin de moi et de mon apparence. Plus je mettais de beaux vêtements et bijoux, moins les attaques du monde m’atteignaient », déclarait-elle.

Les ingrédients de son futur projet étaient déjà là : les bijoux, les vêtements et l’Inde.

Dialna - Sanam Sindhi
Bijoux indiens (DR)

Elle quitte l’école à 17 ans et travaille principalement dans le monde de la vente. Elle se marie avec un homme qu’elle rencontre sur Myspace. Elle a 18 ans, il en a 30. Son mariage ne dure guère longtemps, car à 21 ans, elle divorce ! Elle fait alors fondre son alliance et la transforme en prothèse dentaire, pour dévorer symboliquement cette histoire matrimoniale.

Sanam survit financièrement. Comme beaucoup de jeunes femmes, elle aime partager ses tenus vestimentaires sur Instagram. C’est à ce moment qu’une bonne fée va lui ouvrir les portes d’un autre monde… Elle s’appelle Rihanna (rien que ça), et tombe complètement sous le charme de cette jeune femme brune. Elle veut absolument l’avoir dans son clip Bitch better have my money.

Dialna - Sanam Sindhi
Sanam Sindhi & Rihanna
(DR)

Sanam est belle, charismatique et brillante, les deux femmes vont s’entendre comme des soeurs et collaborer pour la marque de cosmétiques Fenty beauty et la ligne de sous-vêtements SAVAGE X.

À 25 ans, Sanam va vivre sa vie comme dans une montagne russe avec des hauts et des bas car après avoir fait la vidéo de Rihanna en 2015, elle se retrouve dans une relation toxique  et abusive. « Je ne comprends pas en quoi c’est si difficile de respecter les femmes? Aujourd’hui c’est de plus en plus pénible pour moi d’être avec des gens qui ont besoin d’apprendre à respecter les femmes », confiait-elle.

Il lui a fallu rompre avec cette personne toxique et partir loin de New York, pour survivre et se reconstruire. Bien que réticente à l’idée d’emménager à Los Angeles, elle réalise plus tard que cette décision a été la meilleure chose qu’elle ait jamais faite pour sa santé mentale et sa carrière. Joyeusement célibataire, elle respire enfin dans la ville des anges. Elle continue les collaborations avec Rihanna et se retrouve à la tête d’une émission de radio.

Dialna - Sanam Sindhi
Sanam Sindhi
(DR)

Elle investit plus de temps sur son nouveau compte Instagram : South Asia Archive, et sa communauté s’agrandit. Avec ce compte, elle pose les premières fondations de son projet sur a beauté sud-asiatique. Sanam commence à collecter de manière compulsive les images représentant les vêtements, bijoux, tatouages ainsi que la communauté queer en Inde.

Elle remplit des disques durs externes, scanne des images, découpe des articles, achète en masse des livres sur les ornements et vêtements indiens. « En collectant ces images, j’ai reconstruit mon identité, je me suis connectée à mon histoire et j’ai réussi à créer une communauté », raconte-elle.

Le compte Insta cartonne et le nombre de followers l’encourage à continuer dans ses recherches sur la représentation sud-asiatique. À travers ses images elle nous délivre un récit poétique et une autre vision de la beauté dans sa forme la plus pure et la plus brute.

South Asian Archives est un endroit où vous pouvez en apprendre davantage sur la diaspora indienne, ou encore la communauté trans en Inde, vous inspirer des traditions de tatouage sud-asiatiques ou simplement admirer des détails de bijoux ou tissus. Pour l’instant, ce n’est qu’un embryon qui prend vie sur Instagram, mais Sanam voit grand. Elle veut décrocher des subventions internationales pour archiver encore plus d’images et exposer son travail sur les murs d’un musée d’art et de mode. Et pourquoi pas, donner des conférences sur le sujet.

Dialna - Sanam Sindhi
Sanam Sindhi (DR)

«J’ai toujours été tellement intimidée par les mondes universitaire et artistique. Je ne pense pas que cela devrait être aussi effrayant ou élitiste», explique-t-elle. «Je veux juste rendre ces informations aussi accessibles que possible et créer une expérience amusante et informative. » Pour accéder à cet univers, et pouvoir exposer son travail, Sanam a besoin de plus d’argent. En effet, pour le moment elle finance elle-même ses recherches. L’argent lui permettrait de  les poursuivre, et de créer une véritable collection pour un public plus large. Sanam veut apporter à ce projet et au monde plus de couleurs, de fluidité et de puissance.

À sa façon, Sanam décolonise les arts, car en effet il est temps de  récupérer ces espaces qui sont traditionnellement occupé par les plus privilégiés, et de laisser les concernés parler de leurs cultures et de leurs expériences.

Cette déesse indienne qui aime tant mettre du noir dans les yeux, des bijoux sur ses cheveux, s’habiller avec des couleurs chatoyantes, chante à tue tête les tubes des Spice Girls et aime par dessus tout la présence de ses amies. Sanam n’a pas fini de nous éduquer ! Elle incite chacune à être soi-même, et à briser les normes en respectant son identité dans toute sa complexité.

« En portant de beaux bijoux indiens, j’orne mon ADN et j’explore mon univers.Quand je vois des images occidentales sur l’Inde, elles sont unidimensionnelles, alors que les richesses culturelles de ce pays sont juste énormes », énonce-t-elle. La vraie diversité, c’est le moteur de Sanam Sindhi.

3 Replies to “[Portrait] Sanam Sindhi, esthète et archiviste”

  1. Encore une fois, un très bon article merci Dialna.

  2. […] Rihanna : Bitch better have my money […]

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