[Portrait] Feurat Alani, profession : Reporter

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Si vous vous sentez particulièrement perdus en géopolitique du Moyen Orient, et surtout de l’Irak, ou si vous êtes trop jeunes pour avoir suivi les années de guerre et d’embargo de ce pays au journal de 20H, je vous propose une mise à jour immédiate, grâce à une lecture fascinante, d’un genre bien particulier : Twitter.

Oui, quand on fait la part des choses, on arrive à y trouver de très bons journalistes, souvent indépendants qui vous informent bien mieux qu’une journée entière devant BFM.

dialna-feurat-alani-irak-1C’est le cas, entre autres, de Feurat Alani, journaliste Franco-Irakien, ayant grandi en banlieue parisienne (Nanterre) qui fut pendant de nombreuses années, correspondant à Bagdad pour de nombreux médias, et réalisateur de reportages marquants sur l’Irak sous occupation US. Aujourd’hui en poste à Dubaï, il travaille en indépendant pour la télévision (Arte, Canal +, Al Jazeera) mais aussi la presse écrite (comme l’excellent Orient XXI, ou le Monde Diplomatique), et a également créé sa structure de production aux Emirats. Sa vocation journalistique lui est venue très jeune, alimentée par une histoire bien particulière, celle de l’Irak, et sa découverte très tôt de la réalité des Irakiens.

Cet été, il a décidé de partager ses souvenirs d’enfance, ses anecdotes familiales, sur Twitter. Aujourd’hui il y a plus de 1000 tweets sur SON histoire d’Irak. Il y raconte son 1er voyage, avant ses 10 ans, seul avec sa jeune soeur, à la découverte de sa famille. On découvre aussi l’après guerre Iran – Irak, la dure réalité de l’embargo, mais aussi l’occupation américaine, la chute de Saddam, la guerre, le pays déchiré et ses débuts en tant que reporter.

Les tweets de Feurat Alani redonnent du sens aux évènements, et les rendent concrets là où le traitement de l’information par les chaînes en continu en fait de simples détails malheureux.

Dès les premiers tweets, son histoire a beaucoup de succès, et les internautes en redemandent. On voyage, on rit, on pleure même, et parfois, on enrage sur le destin de ce pays. Le parfum d’Irak (1ère partie) a été compilée en story, et une 2ème partie est en cours sur son compte twitter et ici. On vous recommande très chaudement de les lire.
Forcément, on a eu envie d’en discuter avec lui..

Comment est venue l’idée de raconter cette expérience via Twitter ?
L’idée est partie cet été d’un constat assez frustrant. Dans les journaux mais surtout sur les réseaux sociaux, je ne lisais que des informations très froides, chiffrées, sans relief sur l’Irak. J’utilisais Twitter comme beaucoup notamment parce que je suis journaliste et que l’information y circule vite, parfois trop vite d’ailleurs. J’ai donc voulu à mon petit niveau ralentir la cadence, poser une chronologie et un temps long. Revenir vers le passé. Aller à contre-courant de la machine Twitter.

 

Quelle est la différence pour vous en terme de processus d’écriture par rapport à un article presse écrite ?
C’est totalement différent d’abord par la contrainte de caractères. 140 signes, ce n’est pas beaucoup. J’ai donc décidé en gros de raconter une anecdote sur 10 tweets, donc 10 fois 140 signes. Ce n’est toujours pas beaucoup mais cela impose un style simple, parfois lapidaire, télégraphique. On va droit au but et on essaie de garder l’essentiel. Paradoxalement, cette contrainte m’a aidé à avancer et à me concentrer sur les détails vivants, comme les odeurs, les goûts, les couleurs, les ressentis. Ce que l’on ne trouve pas toujours dans un article de presse.

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Quartier Jamila, Bagdad

 

A part les photos de famille, aviez vous d’autres ressources pour raviver vos souvenirs (notes) ? Les détails liés à l’ambiance rendent le récit très vivant, en donnant l’impression d’y être avec vous.
Franchement non. Je pense avoir une bonne mémoire visuelle et des détails. Les odeurs aussi restent gravées dans ma mémoire. Donc oui, il y a des photos de famille qui m’ont aidé. Il y a aussi les souvenirs de ma soeur, de mes parents. Des choses que j’avais oubliées.

 

Quel était votre rapport à l’Irak avant le premier voyage ? Vos parents vous parlaient-il facilement de l’histoire du pays, familiale ? Vous en ont ils parlé ?
Je ne connaissais pas du tout l’Irak, mais je savais que c’était un pays particulier vu de France, car nous étions très peu. Je n’avais aucun repère auprès de mes amis lorsque j’étais enfant. Nous n’avions pas de cousins ni oncle ni tante en France. Et c’est justement par ce biais là que j’ai commencé à m’intéresser à l’Irak. Je posais des questions à mes parents qui n’avaient aucun problème à me parler de l’Irak. Un jour, mon père ayant vu que j’étais un peu triste m’avait demandé la raison. Je lui avais dit que je voulais avoir des cousins comme tout le monde et aller visiter la famille, les week end. Cela l’a beaucoup ému. Pour me réconforter, il a alors pris une page blanche et a commencé à écrire des noms. Au final, il devait y en avoir une centaine. Il m’a dit tu vois ça c’est ta famille. Et elle existe.

 

Ont-il lu vos tweets ? Quelle a été leur réaction ?
Oui, ils ont lu mes tweets. Ils ont été très touchés. Ils ont pleuré mais également ri.

Plusieurs internautes ont suggéré l’idée d’en faire un livre, le projet est apparemment lancé. S’agira-t-il d’un storify sur papier, ou l’écriture sera-t-elle différente ?
Alors je ne peux pas officiellement en parler mais il y a deux projets en cours. Le premier n’est ni une BD ni un livre mais une sorte de roman graphique avec un peu de tout, du texte littéraire à partir de mes tweets, des illustrations, des photos, des cartes. Je vais essayer de garder un style épuré.

 

Y-aura-t-il d’autres projets liés à cette histoire ?
Le deuxième projet est une série animée mais rien n’est encore fait. Ça serait pour une chaîne de télévision française. 

 

Pour finir sur une note plus légère, quel est votre coup de cœur (« dialk ») du moment ?
Je suis toujours en retard mais mon dernier coup de coeur est d’une part un livre de Sorj Chalandon : Le quatrième mur et d’autre part une série télévisée italienne : Gomorra. Quant au restaurant, c’est French Touch, le meilleur burger du monde, halal, bio et surtout tellement travaillé. Le fondateur est un ami proche.

Photos par Feurat Alani

One Reply to “[Portrait] Feurat Alani, profession : Reporter”

  1. […] et nous ne reculons devant aucun risque pour vérifier ce qui est publié. Forcément, quand Feurat Alani nous a parlé du meilleur burger du monde au restaurant French Touch, il a fallu faire une vraie […]

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