[Portrait] Allyson Felix, l’athlète designer

Dialna - Allyson Felix

La grande athlète américaine Allyson Felix a réussi à transformer une situation de discrimination sexiste en une opportunité. Malmenée par son sponsor, Nike, lors de sa grossesse, Allyson Felix a depuis lancé sa propre ligne de chaussures de sport. Retour sur le parcours incroyable de cette sportive.

Lorsqu’Allyson Felix est tombée enceinte, Nike a voulu réduire ses gains de 70%, en raison de son inactivité durant sa grossesse. Cet épisode l’aura marquée définitivement : « C’est l’un des exemples d’une industrie du sport où les règles sont encore principalement faites par et pour les hommes », a-t-elle déclaré à L’Équipe en 2018.
Allyson laisse alors tomber Nike pour créer sa propre ligne de chaussures de course appelée Saysh. Lors des derniers Jeux Olympiques de Tokyo, elle gagne deux médailles (bronze pour le 400m et or pour le 400m relais), avec ses chaussures Saysh aux pieds ! Voilà ce qui arrive quand on connaît sa valeur. Success story en vue chez Dialna …
Allyson Felix naît le  à Los Angeles, en Californie. D’origine créole, du côté français, son père, Paul, est pasteur et sa mère, Marlean, est institutrice. Rien dans son quotidien ne la préparait pour ce grand destin de sportive de haut niveau. C’est au lycée de North Hills à Los Angeles qu’elle se découvre un talent pour le sprint. Ses « camarades » se moquaient alors de la finesse de ses jambes, en l’appelant « Chicken Legs » (« pattes de poulet »). Quand elle commence les compétitions, elle est alors considérée comme un « poids plume ». D’après les calculs de ses coachs, elle est trop légère pour fendre l’air à 35 km/h sur une distance de 100 mètres. À seulement 14 ans, elle va se présenter au championnat annuel inter-lycées de Californie malgré les railleries et les pronostics contre elle. Elle finit sa course de 200 mètres en 23’90 sec, laissant tout le monde bouché bée.

Une athlète qui flotte dans l’air

Convaincue de son talent Allyson travaille avec acharnement. En plus de courir vite, elle se fait remarquer par sa manière de bouger sur la piste, comme si elle flottait dans l’air. Les journalistes sportifs l’appellent « la gracile Allyson ». Le travail paye, puisqu’elle progresse à la vitesse de la lumière. Un an plus tard, lors de la même compétition, elle termine deuxième avec un temps de 23’27 sec. Elle remporte le 100 mètres en 11’6 sec. « Ma foi est la raison pour laquelle je cours. J’ai vraiment l’impression d’avoir ce don incroyable que Dieu m’a accordé, que j’essaye d’utiliser au mieux de mes capacités », avait-elle déclaré.
Dialna - Allyson Felix
Allyson Felix (DR)
Elle enchaîne ensuite les courses, les victoires et donc les titres et médailles. Son CV est un véritable tableau d’honneur :
  • 2001 championne du monde de la jeunesse à Debrecen en Hongrie
  • 2003 – Record du monde junior sur 200 m
  • JO d’Athènes 2004 – Médaille d’argent sur 200 m à 18 ans
  • Mondiaux Helsinki 2005 – Plus jeune championne du monde du 200 m
  • Mondiaux Osaka 2007 – Triplé médaille d’or (200 m et relais)
  • Mondiaux Berlin 2009 – Or sur 200 m et 4 x 400 m
  • Mondiaux Daegu 2011 – Bronze sur 200 m, argent sur 400 m, or sur les relais
  • JO Londres 2012 – Triplé olympique (200 m et relais)
  • Mondiaux Pékin 2015 – Championne du monde sur 400 m, argent sur les relais
  • JO Rio de Janeiro 2016 – Argent  sur 400 m, or sur les relais
  • Mondiaux de Londres 2017 – Bronze sur 400 m
  • JO Tokyo 2021 –  Bronze sur 400 m, or 4 x 400 m

Elle devient d’ailleurs, après Betty Cuthbert, la seconde athlète en nombre de médailles d’or remportées lors de Jeux Olympiques. Un palmarès inégalé pour cette championne qui a continué à gagner en étant mère, fait exceptionnel dans le sport professionnel, toutes disciplines confondues.

En novembre 2018, Allyson Felix a  donc donné naissance à sa fille Camryn dans des conditions très compliquées, après seulement 32 semaines de grossesse. Sa fille a dû rester en soin néonatal pendant près d’un mois. Une épreuve qui va marquer sa vie de femme et d’athlète car c’est à ce moment que Nike décide de réduire son salaire de 70%. Cette véritable punition financière que lui impose la marque à virgule, en calculant sa rémunération d’après ses performances sportives avant/après son accouchement va être un véritable tournant dans sa vie.

Dialna - Allyson Felix
Allyson Felix et sa fille (DR)

Il en fallait du courage pour tenir tête à une société géante comme Nike ! Sa mission devient alors la défense des droits des mères dans le sport, en s’élevant contre la politique de maternité des marques de sports. En 2019, elle publie une tribune dans ce sens dans le New York Times. La dignité et l’amour de soi la pousse à ne pas renouveler son partenariat avec Nike. À la place, elle signe un contrat avec la marque Athleta, qui inclut cette fois, une protection complète pendant la grossesse. « J’ai l’habitude de me battre. C’est ce que je continue de faire, tout simplement », avait-elle dit.

Lorsqu’en 2020, la pandémie de coronavirus frappe le monde, Allyson, comme tous les sportifs se retrouve dans l’impossibilité de s’entrainer. Les stades et gymnases sont fermés, et les Jeux Olympiques de Tokyo sont d’ailleurs repoussés. Avec son entraîneur, Bobby Kersee, elle improvise des pistes de fortune : parking, rue, plage, tout l’espace public était devenu une salle de sport pour la jeune femme, qui ne voulait pas s’endormir sur ses lauriers. « L’expérience la plus folle, a été de m’entraîner dans mon quartier. J’étais déjà sortie courir dans mon quartier, mais je n’avais jamais sprinté dans les rues », déclarait-elle à Challenge magazine en avril 2019.

Une chaussure adapté à ses pieds

En s’entrainant dans la rue, elle prend conscience de l’impact du bitume sur ses pieds, et de comment ils amortissent le choc. De plus les JO approchant, elle déteste l’idée de courir en faisant de la publicité gratuite pour une marque qui ne voulait pas la signer. En effet, la marque Athena avec qui elle a signé son contrat était une marque de vêtements de sport, et n’avait pas de ligne de chaussures. Son esprit d’entrepreneuse se met en marche. Elle va donc créer sa propre ligne de chaussures de sport, sur mesure, pour les JO. Deux conceptrices / designers, Tiffany Beers et Natalie Candrian quittent Nike pour la suivre dans cette folle aventure.

Dialna - Allyson Felix
Allyson Felix
(DR)
Allyson crée donc la marque Saysh avec son frère et manager, Wes Felix. Ensemble, ils pensent la marque comme une alternative aux entreprises de baskets/sneakers orientées vers les hommes qui dominent le monde du sport. Lorsqu’elle se rendra aux Jeux Olympiques de Tokyo, elle a fièrement porté des chaussures, adaptées à la course et fabriquées sur mesure pour elle.
En septembre 2021, elle a lancé sur le marché féroce du sport sa première paire adaptée à l’anatomie particulière du pied féminin, au prix de 150$. Allyson a également créé tout un éco-système autour de Saysh, notamment une communauté en ligne qui permet aux abonnés d’accéder à des séances d’entraînement, du contenu numérique et à des possibilités d’interaction avec d’autres membres, dont Allyson elle-même.Brillante, belle, créative et généreuse Allyson a débloqué une bourse de 200 000 dollars pour que les femmes athlètes puissent payer correctement la garde de leurs enfants durant leurs entrainement.
Dialna - Allyson Felix
Chaussures de course Saysh (DR)

Pendant la majeure partie du 20e siècle, les femmes n’étaient pas autorisées à pratiquer professionnellement de nombreux sports. Les fabricants de chaussures ont donc logiquement dessiné des chaussures de sport en se basant sur les pieds des hommes, pour eux. La force d’Allyson Felix, c’est de créer des chaussures pour les femmes par des femmes. Avec sa marque, elle donne un bon coup de pied à un système qui tente d’exclure les femmes pour ce qu’elles sont. Celle qui n’avait pas de chaussures pour courir aux JO de Tokyo s’est donc créé sa propre ligne sur mesure, à la hauteur de son talent !

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