[Musique] Shuggie Otis : Aht uh mi hed

Dialna - Shuggie Otis

Shuggie Otis est considéré comme un génie de la musique et l’une des figures de la soul psychédélique. Rapidement entré dans la légende en trois albums magnifiques, il a ensuite disparu des radars.

Né en novembre 1953, à Los Angeles, Shuggie Otis est le fils du musicien de talent Johnny Otis d’origine grecque et de Phyllis Walker, afro-américaine et aussi d’origine Philippine.

Le jeune Shuggie (Johnny Jr de son vrai nom) prend très tôt le chemin de la musique, et devient un compositeur et musicien précoce, complet et inventif. En effet, le petit Shuggie (diminutif pour Sugar = sucre) commence à jouer de la guitare dès l’âge de deux ans ! À 11 ans, il accompagne déjà son père sur scène, et doit se déguiser et porter une fausse moustache pour jouer dans des clubs. Il joue d’ailleurs d’autres instruments et se met aussi à chanter. Il commence sa carrière en composant un album instrumental à 15 ans.

Dialna - Shuggie Otis
Shuggie Otis
(DR)

Shuggie Otis sort finalement son premier album solo, Here comes Shuggie Otis, en 1970. De nombreux grands musiciens l’accompagnent sur cet opus, attirant ainsi l’attention de B.B. King. Il dira de Shuggie était devenu son « nouveau guitariste préféré ». Une telle reconnaissance pourrait se suffire à elle-même, mais le jeune homme n’a pas fini d’impressionner ses pairs.

C’est avec son deuxième album que Shuggie Otis va obtenir la plus grande reconnaissance. Freedom Flight, sorti en 1971, un an après son premier opus explose les charts. Dans cet album figure le sublime Strawberry Letter 23 qui sera un hit absolu, surtout après sa reprise par les Brothers Johnson, produite par Quincy Jones (qui figurera sur la bande originale de Jackie Brown de Quentin Tarantino).

Les invités sur l’album se succèdent, tous aussi plus prestigieux que les autres, comme George Duke ou encore Franck Zappa.

Mais Shuggie Otis prend son temps pour écrire et composer son album suivant, trois ans précisément. Ce n’est qu’en 1974 que sort Inspiration Information, qui sera donc son troisième et dernier album. Sur cet opus, Shuggie s’est occupé de la composition, des arrangements, et a joué quasiment tous les instruments sauf les cuivres. L’album était plus qu’attendu par le public et la profession, mais, un seul titre seulement rentre dans le Billboard Hot 100. C’est la douche froide. Pourtant c’est sur cet album que nous retrouvons le superbe titre, Aht uh mi hed, que nous avons choisi pour le son du lundi cette semaine. De nombreux artistes comme Prince ou encore Lenny Kravitz ont confié avoir été grandement influencé par Shuggie Otis, et particulièrement par cet album.

Malgré son caractère réputé difficile, la profession a encore énormément d’estime et d’admiration pour le jeune homme. Les Rolling Stones lui demandent alors de se joindre à eux pour leur prochaine tournée mondiale. Mais Shuggie refuse, perdant aussi l’occasion de travailler avec Quincy Jones sur son prochain album. Il rejette d’ailleurs à ce moment là quelques propositions alléchantes, renforçant l’image du musicien difficile. Il perd ensuite son contrat chez Epic. Durant le reste de la décennie, il continue à jouer sur les albums de son père, en tant que guitariste, mais petit à petit s’efface du devant de la scène.

L’album est réédité par un petit label indépendant en 2001, lui redonnant une seconde vie, notamment auprès des générations plus jeunes. D’ailleurs à cette occasion, le musicien a parlé à la presse pour en dire un peu plus sur son absence prolongée.

« Les gens pensent que cette disparition est volontaire, c’est faux. Je n’avais pas assez de succès ni assez de moyens financiers pour continuer la musique que j’avais envie de produire. C’est aussi bête que ça. Mes disques ne se vendaient pas et mon label Epic avait d’autres artistes. Ils n’ont été d’aucun soutien, j’ai donc cessé d’enregistrer, mais pas de jouer.”

En plus de sa carrière de grand musicien, Shuggie Otisde a aussi été un découvreur de talents, comme par exemple la grandiose Etta James, mais également journaliste et même pasteur.

Dialna - Shuggie Otis
Shuggie Otis
(DR)

Pour subvenir à ses besoins, Shuggie Otis tourne ensuite dans des clubs. Mais rapidement il s’isole, vit avec sa femme et ses enfants, et se met à boire…

“Je sais que des gens ne cessent de redécouvrir mes disques, parus alors qu’ils n’étaient même pas nés. Mais j’ai perdu la flamme. Je n’étais pas si mauvais, dit-on, mais ça ne m’a pas empêché de me tenir à l’écart plusieurs années durant. Ma vie était bien plus importante. »

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