[Humeur] Lettre à Paris

dialna - paris

J’avais 8 ans quand mon oncle Mohammed m’a emmenée la première et dernière fois sur le parvis du Trocadéro en pleine nuit, il m’a montré la tour Effeil, « terro feil « comme il avait l’habitude de dire. « Regarde la vie, Nora, regarde cette ville comme elle est faite pour les gens qui aiment les costards, la bonne bouffe et les sorties.  Choufi l’fen !  »
Ouais mon oncle Momo, c’est un kissman, un sapeur, un kiffeur de la life et sans le savoir il m’a présentée à ma grande histoire d’amour « Paris ».

Je ne sais pas si dans ma vie j’ai aimé une ville au monde, comme celle-ci ? Quand j’allais à l’étranger je parlais de cette ville avec nostalgie, en commençant mes phrases par « Nous à Paris on fait comme ça, comme ci »;
Cette ville a été une bonne école d’art et m’a aussi appris l’art de la palabre : elle a joué un rôle central dans mon parcours artistique : les séances de cinéma italien d’Alberto Sordi à la cinémathèque, les conférences sur Picasso et les femmes aux beaux arts, la photographie argentique dans le quartier des arts et métiers, les dîners d’artistes ou l’on philosophait des nuits entières avec Pacôme Thiellement sur David Lynch ou Marilyn Manson, des débat endiablés autour d’un café ou je lapidais Lars Von Triers auprès de la nouvelle vague cinéaste d’intellectuelle du marais. On adorait ça s’engueuler pour un film, défendre nos arguments et ensuite reprendre un café dégueulasse.

J’ai aimé chaque rue, chaque métro, chaque café… J’ai aimé les nuit d’été où je me baladais au bord de la Seine, en pensant à cette superbe scène du film « Everyone say I love you » , en me disant ; enfin un réalisateur qui filme Paris comme je la vois en réalité et pas comme un épisode grisâtre de l’inspecteur Derrick.

Comme dans toute histoire d’amour, il y a eu des moments compliqués, des moments douloureux même, j’avais parfois l’impression de manger le bitume, tellement mon moral était au plus bas. Parce que déprimer à Paris fait partie de l’histoire d’amour que l’on a avec cette ville.
Mais la jeune femme que j’étais, restait quand même émerveillée par cet endroit. Malgré les moments difficiles, j’ai ratissé cette ville en vivant dans le 20ème, le 17ème et le 3ème arrondissement et plus le temps passait et plus mon espace vital diminuait, et moins je pouvais respirer.

Moi : Pourquoi tu me traites comme ça ? Pourquoi tu me fracasses moralement et économiquement ?

Paris : Si tu n’as pas les moyens de m’aimer dégage !

Moi : Tu sais quoi ? Tu ne me mérites pas ! Je  vais partir, je supportes plus ta façon de traiter les classes moyennes et plus tard tu pourras te targuer de m’avoir eu intra-muros !

Un jour j’ai donné toutes mes affaires à https://www.toutdonner.com/ , je me suis allégée du matériel et je suis partie loin de toi.  Tu as été mon « boot camp » de la vie, tu m’as appris les bases du militantisme, de l’amour de l’art et tu ne m’as pas embourgeoisé, loin de là. Toi qui choisis tes habitants en fonction de leurs capitales, de leurs carnets d’adresses, de leur salaires. Toi qui n’hésite pas à mâcher notre énergie, notre naïveté et notre enthousiasme pour mieux nous recracher dans la dépression et la frustration.

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On s’est quand même aimées toutes les deux, je le sais, tu as été ma première vague de liberté pour finalement m’emprisonner dans ton système financier qui a essayé de m’asphyxier. Comme toute relation toxique j’ai coupé net avec toi Lutécia, je pars à la découverte du monde, aujourd’hui l’Europe et demain d’autres contrées inchallah,  tu ne me manques pas, je ne suis pas nostalgique de tes toits gris, je n’ai plus envie de boire un café avec toi…

 

« Adieu mon pays, adieu le mépris, adieu le parvis… »

 

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