[Cinéma] Divines : For the day I die, I’mma touch the sky

Divines de Houda Benyamina

affiche

 

Film coup de poing de Houda Benyamina, qui vous prend aux tripes, « Divines » n’en est pas moins réfléchi et percutant.

Deux adolescentes, Dounia et Maïmouna vivent dans une banlieue très défavorisée, entre petits vols à l’étalage et rêves de « Money ». Une amitié très forte les lie, et elles sont prêtes à tout pour y arriver. Où ? Peu importe, tant que l’argent est là, et qu’elles restent ensemble…

Dounia vit dans un camps de roms, véritable bidon-ville. A ses côtés, sa mère, alcoolique et son oncle travesti qui travaille dans un cabaret. Sans père reconnu, elle est appelée « la bâtarde », source de toute sa rage, de son envie de réussir coûte que coûte, comme pour effacer cette étiquette méprisante qui lui colle à la peau.

 

Oui, Dounia et Maïmouna vivent en banlieue, mais ce n’est pas un film sur LA banlieue, ce n’est que le décor de ce drame.

Oui, les personnages principaux sont féminins, mais ce n’est pas non plus un film féministe. Il ne suffit pas de montrer des femmes vivant en banlieue pour en faire un tract féministe, comme si ce simple postulat était révolutionnaire. D’ailleurs, il y a même, au contraire, une certaine misogynie intériorisée assez présente dans ces personnages féminins, notamment avec Rebecca, dealeuse du quartier qui rêve d’ouvrir une « boîte à putes » en Thaïlande pour faire de l’argent …

Non, c’est avant tout un film sur la pauvreté, l’extrême pauvreté même ;  celle qui met une chape de plomb sur les rêves les plus banals. Pour en sortir, il faut des projets hors du commun, et ce n’est jamais sans risques.

La relation quasi fusionnelle entre Maïmouna et Dounia est très touchante, la seule qui soit saine.

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Justement, les comédiennes, Jisca Kalvanda (Rebecca), Déborah Lukumuena (Maïmouna) et Oulaya Amamra (Dounia) sont exceptionnelles, on ne voit qu’elles. Oulaya, petite sœur de Houda Benyamina, la réalisatrice, est LA révélation de »Divines ». C’est simple, elle crève l’écran. Elle dégage une force incroyable et vous arrache des larmes pendant tout le film. Véritable bouffée d’air frais dans le cinéma français, elle mérite une très grande carrière, c’est le moins qu’on lui souhaite.

L’autre point fort c’est la musique, associée à une belle maîtrise de l’image. Le tout donne l’impression d’être devant un opéra moderne qui ferait le grand écart entre vidéos Snapchat et musique classique, tout en nous donnant le vertige.  Un bon vertige.

Le rapport à la religion est également très intéressant. Aucune des deux jeunes filles n’est très pratiquante, Dounia n’a pas l’air d’y croire, plus par rébellion et dépit que par conviction. Sa rage prend toute la place que pourrait avoir la religion dans sa vie. La seule chose qu’elle vénère c’est l’argent, le dieu « Argent ».

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Néanmoins, elle est très brièvement rattrapée par l’appel de la spiritualité, le temps d’une scène magnifique très violente et forte à la fois. La figure religieuse principale du film, c’est le père de Maïmouna, imam du quartier, qui officie dans une cave transformée en mosquée de fortune. C’est un homme qu’on ne voit jamais céder à la colère, malgré les événements, tentant sans cesse de rattraper ses brebis égarées, toujours dans la douceur.

 

Ce qui nous amène au point qui fâche dans « Divines ». On ne peut pas faire comme si c’était anodin, ou inconscient. Le fait que le seul homme qui soit bon et aimant avec Dounia soit un homme blanc alors que tous les hommes maghrébins qu’elle croise sont violents (physiquement, verbalement), méprisants, manipulateurs, pose un très gros problème (Seul l’oncle travesti déroge à cette règle, mais sa masculinité est de fait mise à l’écart par son statut de travesti). Le cliché du white savior a la vie dure dans le cinéma français, dès lors que le personnage féminin est racisé, celui du maghrébin, naturellement, génétiquement violent, misogyne dépasse le problème du cinéma. On n’avait franchement pas besoin de ça ici.

L’aspect racial ne faisait peut-être pas partie du projet de départ de Houda Benyamina, mais il est impossible, voire même dangereux de passer à côté. Une représentation quantitative au cinéma, c’est bien. Qualitative, c’est mieux, c’est même primordial, on n’a plus envie de devoir choisir.

En espérant que ce n’est pas cet aspect qui a valu les critiques positives de « Divines » dans des journaux comme le Figaro ou d’autres, ça nous gâcherait le plaisir de voir ce film triompher.

 

Divines de Houda BENYAMINA

Sorti le 31 août 2016 en France

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