[Billet d’humeur] Mon cri à Zack de la Rocha

Dialna - Zack de la Rocha

Révolte et musique font bon ménage. Certains artistes lient les deux à la perfection. C’est le cas de Zack de la Rocha, le chanteur du groupe américain légendaire Rage Against The Machine.

Il est important de rendre hommage à des gens qui ont marqué l’histoire de la musique et qui ont poussé les personnes dominées à la révolte. Ces artistes ont été une véritable bouffée d’oxygène pour beaucoup de gens asphyxiés moralement/ économiquement. Cette semaine, force et honneur au révolté Zack de La Rocha, qui a été un porte-parole féroce et sans filtre pour tous les ouvriers, natifs américains, immigré.es, exploités du système. Une voix comme la sienne, on ne l’oublie pas. Voici l’histoire de la rencontre avec un cri qui résonne encore en moi après des décennies.

La première fois que j’ai entendu la chanson Killing in the name, c’était lors de ma première manifestation contre le gouvernement. J’avais jeté une pancarte en bois sur les CRS et le son de ce groupe s’est mis à résonner au cœur du boulevard Saint-Germain à Paris. Percuter les bourgeois du 6ème arrondissement, venir parasiter leur tranquillité, c’était juste jouissif ! Je me rappelle avoir toiser la tête dépitée de Paco Rabanne. Assis au café de Flore, il observait, choqué, cette foule… Cette sensation d’être irrévérencieuse, de pouvoir crier ma rage dans les beaux quartiers, de venir salir le décor le temps d’une journée était délicieuse. Le bruit sourd des pas de la foule sur le pavé vibre encore en moi. On courait vers la station de métro Solférino pour éviter d’être gazé et frappé par la police ! Pour ma première manifestation contre les violences étatiques, tous les ingrédients étaient réunis ! Adrénaline, colère, Paris et la voix hurlante de Zack de la Rocha. Ce type est bien plus qu’un artiste, c’est un philosophe, un visionnaire, un poète prolétaire. Sa voix et ses interviews ont donné de la profondeur à ma vie, dans ce cercle superficiel d’artistes  parisiens.

Certains se demanderont en lisant ce billet d’humeur, « mais qui est Zack de la Rocha ? » Voici une brève présentation d’un homme hors normes, vous n’avez plus aucune excuse !

Zacharias Manuel de la Rocha est né le 12 janvier 1970 à Long Beach, en Californie. Son père, Roberto « Beto » de la Rocha, est un membre du groupe d’artistes chicano Los Four et un muraliste. Sa mère, Olivia Lorryne Carter, est d’origine germano-irlandaise. Après le divorce de ses parents, Zack reste avec sa mère à Irvine, l’une des villes les plus blanches du sud de la Californie. Il se sent étranger et peu sûr dans une ville où les travailleurs et les non-blancs sont traités sans aucun respect. Les latinos/noirs sont constamment rabaissés, un lieu et une époque qui vont allumer en lui une rage qui ne s’éteindra jamais !

« Si tu étais un.e Mexicain.e à Irvine, tu étais là parce que tu avais un balai ou un marteau à la main… »

A l’université, il est influencé par le mouvement punk et par des groupes comme The Clash, les Sex Pistols ou encore Bad Religion. En 1987, il rejoint le groupe Straight Edge Hard, puis de scène en scène il va commencer à rapper ses textes. Zack de la Rocha a une prestation scénique très hybride, faire du bruit comme les punks et envoyer des textes engagés à la figure du public comme n’importe quel bon rappeur/se. Tom Morello, guitariste talentueux, communiste et survivant du racisme physique, remarque ce jeune homme sur scène avec son énergie ardente et ses textes brillants. il réussit à le convaincre de former un groupe qui entrera dans l’histoire de la musique, Rage Against the Machine. L’histoire de ce groupe est légendaire car il n’a pas seulement déplacé les foules, mais il a aussi agacé les plus hautes et racistes administrations des États-Unis. Nous parlons d’une époque où l’institution militaire était complètement romancée par les médias et n’importe qui pouvait avoir les renseignements généraux sur le dos s’il/elle critiquait la politique militaire américaine. Fox ou TF1 nous montraient les soldats comme des super-héros tuant des irakien.ne.s sans aucun scrupule et réduisant Bagdad en poussière au nom de la liberté et de la démocratie mondiale. Il fallait avoir une sacrée indépendance d’esprit pour crier son mécontentement face à cette blanchité bien pensante. La résistance de ce groupe révolutionnaire était renforcée par la voix de Zack de la Rocha, qui portait un cri de colère si profond qu’il ralliait la foule dès son premier « Bring that shit » : quiconque avait une conscience politique pouvait entrer en transe dés cette première phrase !

Dialna - Zach de la Rocha
Rage Against The Machine (1993)
(DR)

« Je pense que tout acte révolutionnaire est un acte d’amour. Toutes les chansons que j’ai écrites l’ont été en raison de mon désir d’utiliser la musique comme un moyen de renforcer et de ré-humaniser les personnes qui vivent dans un environnement déshumanisant. La chanson a pour but d’améliorer la condition humaine ».

À l’époque en France, les personnes qui allaient aux concerts de Rage Against The Machine étaient majoritairement blanches, bourgeoises et portaient des locks ! Cela avait le don de m’agacer, car pour moi ce public n’avait rien compris à l’esprit qui animait Zack de la Rocha. Ces petits bourgeois s’imaginant rebelles qui écoutaient Killing in the name sur leur chaîne hi-fi Bang & Olufsen, confortablement installé.es dans leur appartement Haussmannien, tout en se roulant un joint pur cannabis provenant du Rif, avaient l’impression de dire merde au système ! Moi j’observais cette bulle sociale avec beaucoup de mépris et de colère. Parce que pour être touché par la voix de Zack de la Rocha, il ne suffisait pas de porter des locks et de fumer de l’herbe Nord-africaine !

« Je suis dans ce groupe pour donner du volume à diverses luttes dans le monde. Pour moi, la tension dans ce groupe est un sacrifice minimal »

Pour ressentir toute la puissance vocale de Zack de la Rocha, Il faut comprendre ce que survivre dans toute sa douleur veut dire ! Être marqué par l’expérience du racisme au quotidien dans sa chair, avoir peur pour sa propre sécurité, sentir la fatigue du corps qui se bat toute sa vie pour avoir un travail, un appartement ou un peu de respect. Cette société rejette constamment les gens comme moi c’est un fait, ce n’est pas un discours victimaire comme j’ai pu l’entendre maintes fois ! Et pour continuer à me battre pour ma dignité et mes droits les plus basiques,  je recharge mes forces avec le cri de cet homme qui est connecté à ma rage intérieure.

Dialna - Zack de la Rocha
Zack de la Rocha
(DR)

Zack de la Rocha a relevé la tête de nombreuses minorités dans le monde, car il a su trouver les mots justes avec une vibration qui nous a tous galvanisés. Et quand on lit ses interviews, on est comme inspirés par sa force. « Oui, je connais mes ennemis. Ce sont les professeurs qui m’ont appris à me battre contre moi, le compromis, la conformité, l’assimilation, la soumission, l’ignorance, l’hypocrisie, la brutalité, l’élite, tous ces éléments constituant le rêve américain ».

Alors quand une personne critique si bien et ouvertement le système scolaire, elle a droit à mon respect pour LA VIE !!! Celui que Tom Moreno a surnommé « Best Front man of all the time » a eu le nez de créer un groupe avec lui. Tous deux n’ont jamais oublié l’humiliation d’être une minorité aux États-Unis, malgré le succès et les millions de disques vendus. Après le triste décès de Georges Floyd en 2020 de nombreuses personnes du mouvement Black Lives Matter on diffusé Killing in the name dans les rues de Los Angeles et autres villes américaines, car ce morceau n’a hélas pas pris une ride.

Quant à moi, je lui décerne avec tout mon respect, le titre de « Best human of all time ». Zack de la Rocha a su nous toucher le coeur et l’esprit avec sa voix et ses textes ! Merci de nous avoir donné les outils pour comprendre que nous ne sommes pas inférieurs, que nous avons le droit d’être en colère et de ne jamais nous excuser de notre présence sur terre. « Your anger is a gift » Ne courbez jamais l’échine face au système ! 

Dialna - Zack de la Rocha
Zack de la Rocha
(DR)

MERCI ZACK !

« I’m inferior? Who’s inferior?
Yeah, we need to check the interior
Of the system that cares about only one culture
And that is why
We gotta take the power back »

Rage Against The Machine : Take the power back

 

One Reply to “[Billet d’humeur] Mon cri à Zack de la Rocha”

  1. […] Rage Against The Machine : Killing in the name […]

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