[Portrait] Norma Marcos, rebel with a cause

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On ne dirait pas comme ça, mais Norma Marcos est Palestinienne. Souvent, les gens qui la croisent l’imaginent espagnole, mais non, Norma est 100% Palestinienne, de Bethléem, là où sa famille, chrétienne, vit depuis plus de 4 siècles.

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Mais qui est Norma Marcos ? Une journaliste, scénariste, réalisatrice, auteure, choisissez sa casquette ; bref, une femme qui a des choses à dire, et qui ne se prive pas pour le faire.

Après un bac en poche, elle arrive en France, à Aix en Provence, pour des études de journalisme, où elle fait un mémoire sur « l’image d’Israël dans la presse Égyptienne ». Elle déchante vite tant cette presse égyptienne est médiocre. Sa propagande anti-Israël de l’époque ne repose que sur des mensonges et est contre productive pour le combat palestinien. Pour financer ses études, Norma donne des cours d’arabe et fait des ménages. « Les gens s’imaginent souvent que je viens d’une famille bourgeoise, nous dit-elle, puisque je suis allée étudier à l’étranger. En France, on m’a souvent dit que si je faisais des études, ma famille devait être forcément très riche… Alors que pas du tout, je viens d’une famille plutôt ouvrière ».

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Elle gagne alors un concours Reuters et à l’aide d’une bourse part étudier à Stanford, puis à Washington où elle se marie. Elle passe ensuite quelques temps à New York avant de réussir à convaincre son mari de la suivre à Paris.

Elle n’aime pas les Etats Unis et leur communautarisme assumé, trop présent à ses yeux. Elle en vient à l’image et à la réalisation grâce en quelque sorte à Yasser Arafat. Elle dit de lui en riant qu’il fut son parrain cinématographique. A cette époque, Yves  Loiseau fait un film sur lui. Norma le rencontre à l’Elysée et apprend qu’il a besoin de quelqu’un pour la traduction. Elle se fait engager et arrive à obtenir bien plus que des traductions des propos de Arafat. Elle est reçue en tête à tête par le chef de l’OLP. Le film « YASSER ARAFAT, ITINÉRAIRE » existe grâce à elle, même si elle n’est pas créditée…

Quand quelques années plus tard, elle gagne un concours de scénarii, elle remercie Arafat dans son discours. Certains membres du jury, particulièrement sionistes ne lui pardonnent pas son engagement palestinien. A ce jour, elle reste la seule lauréate à ne pas avoir réussi à monter son film suite à ce concours. Le film parle de la Palestine, bien sûr, et des femmes palestiniennes.

Elle est tout de même très lucide sur Arafat et la politique palestinienne. Elle lui en veut énormément pour les accords d’Oslo. « Il s’est contenté des miettes alors que la Palestine aurait pu avoir le gâteau. Personne n’a lu les accords en entier et ce qu’ils prévoyaient on dirait ». Venant de quelqu’un qui a vu Israël prendre les terres de ses grands parents, ça prend tout son sens…

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En 1994, elle arrive à monter son premier documentaire « L’espoir voilé », où elle offre le portrait de 4 femmes palestiniennes dans leur quotidien, en rompant avec les clichés sur les femmes arabes. Puis elle réalise quelques films, documentaires, courts métrages. La difficulté d’entrer en Palestine quand on a une double nationalité comme elle (En attendant Ben Gourion), le quotidien des Palestiniens (Fragments d’une Palestine perdue), la mort d’une militante française pro palestinienne (Wahdon) sont les thèmes qu’elle aborde dans ses réalisations.

Il y a quelques années, elle rajoute donc une nouvelle corde à son arc, celui de l’écriture. En réponse à son film « L’espoir voilé », elle écrit et publie en 2013 « Le désespoir voilé » dans lequel elle retrace l’histoire des mouvements féministes en Palestine, et déplore l’abandon de la cause des femmes au profit de la lutte anti-coloniale. Pour Norma, c’est une erreur majeure d’avoir relégué les droits des femmes, tout comme la culture au dernier plan, sous prétexte de lutter d’abord contre l’expansion territoriale Israélienne. Pourtant, elle ne se définit pas forcément comme féministe. Quand on lui demande ce qu’il y a de féministe chez elle, elle répond du tac au tac : « Demande à mon mari » !

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Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile pour elle de monter ses projets cinématographiques en France. La raison selon elle ? Son engagement évident pour la Palestine, et son caractère. Elle dit ce qu’elle pense, sans fard, quitte à choquer. Que ce soit sur la politique Israélienne et ses colonies illégales, ou sur la place de plus  en plus importante de la religion en Palestine et ailleurs qu’elle regrette, elle assume ses idées et reste cohérente.

Elle est passionnée par son métier malgré tout, et quand on lui demande ce qu’elle aimerait changer si elle devait tout recommencer, elle répond simplement : « Rien, je ne changerai rien, je referai tout de la même manière »

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Norma Marcos ne laisse pas indifférente, c’est sûr. Mais elle est passionnée, franche, et soutient une cause tellement importante.

Pour terminer sur une note un peu plus légère, on lui a demandé ses coups de coeur du moment. Elle a répondu sans hésiter la musique de Lisa Gerrard, envoûtante, et le film Australien « Tanna », retraçant une histoire d’amour difficile dans une tribu (Yakel) d’une île du Pacifique qui refuse le modèle et la colonisation occidentale. Je vous avais dit que Norma Marcos était une rebelle…

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Crédit photos : Nora Noor

Merci à l’association AWSA-BE   à Bruxelles de nous avoir permis cette jolie rencontre.

One Reply to “[Portrait] Norma Marcos, rebel with a cause”

  1. […] chose. Norma Marcos a été la première personnalité dont on a publié l’interview, que voici, dans le cadre de la semaine « Palestine » en octobre […]

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