[Portrait] Makoto, la calligraphe « encrée » à Bruxelles.

La calligraphie c’est l’art de la belle écriture, l’art de former du beau avec les signes, tout en y mettant du sens. Les femmes sont peu nombreuses dans ce domaine artistique, Makoto Calli est l’une d’entre elles, et nous sommes allées à sa rencontre.

Petite interview de la grande Makoto Calli.

D’où te vient ce super blaze, Makoto?
J’aime beaucoup l’univers des mangas japonais, je suis particulièrement fan de Hayao Miyazaki et de Mamoru Hosoda. Makoto est le personnage principal du premier long de Mamoru: “La traversée du temps”. J’ai adore, ri et pleuré, et l’ai adopté comme pseudo-facebook d’abord. Quand j’ai commencé à être plus visible quant à mon art, j’ai voulu changer par “Fille de Barbarie” mais tout le monde m’appelait déjà Makoto alors c’est resté ! J’ai découvert plus tard que Makoto faisait aussi partie du Bushido (code des samourais) et signifiait la sincérité!

Peux tu nous raconter ton parcours d’artiste ?
J’ai toujours été fascinée par l’esthétique de la langue arabe. J’ai suivi des cours d’arabe il y a près de 15 ans, je pouvais remplir des cahiers entiers tant j’aimais écrire en arabe. En 2012, il y a 5 ans, j’ai eu l’occasion de suivre un cours d’initiation à la Calli (outils traditionnels: calame+encre) avec mon ami graffeur DemaOne et là j’ai su que c’était ça!
Chaque fois que je prenais mon calame et m’appliquais à copier une compo’, je me retrouvais dans un état de sérénité tel que j’en redemandais encore et encore. La Calli est un exercice proche de la méditation: le mouvement, la respiration, la concentration sur le travail et rien d’autre te permettent de faire le vide en toi un moment et c’est puissant, c’est très spirituel à mon sens!

Dialna - Makoto

Pourquoi la calligraphie ?
A travers la calligraphie ou le dessin, tu peux exprimer ton regard sur le monde, sur ce qui compte pour toi sans avoir à débattre ou écrire des lignes et des lignes, argumenter, justifier, etc. Tu poses ça là et ta compo forme un tout, l’esthétique et le sens que chacun sera libre d’y mettre!

dialna - Makoto

Il parait qu’autrefois, la calligraphie n’était réservée qu’aux hommes, est-ce vrai ?
Je l’ai aussi appris en lisant “la nuit des calligraphes” de Yasmine Ghatta. Ça m’a rappelé l’univers des scribes chrétiens, également strictement réservé aux hommes. C’est peut-être lié au fait que dans un premier temps, la calligraphie était surtout réservée à la transcription des écritures saintes. Dans cet ouvrage, j’ai aimé l’audace de cette calligraphe, en Turquie, qui va oser bousculer ces codes en se distinguant par son savoir-faire.

Te considères tu comme féministe en maîtrisant cet art ?
J’ai toujours du mal avec les cases, cette manie que l’on a de nous mettre dans une case avec une étiquette, d’où il devient alors très pénible de pouvoir un jour sortir ou juste amener des nuances. Donc je n’aime pas revendiquer que je suis “féministe” mais effectivement, et je m’en rends compte dans mes compos, je le suis “naturellement”, comme j’aime à le dire ou le penser. Quand tu revendiques la liberté, la justice et d’autres valeurs “élémentaires” en tant qu’humaniste, tu es fondamentalement féministe, à mon sens…

As tu des maîtres en la matière ?
Je suis fascinée par la Calligraphie traditionnelle avec sa rigueur mais très vite j’ai été plus attirée par la Calligraphie moderne et la plus grande marge de liberté. Un des premiers maîtres qui m’a fascinée est le grand Hassan Massoudy, d’origine irakienne établi à Paris. Et plus moderne, je citerais ZEPHA, Vincent Abadie, dont le travail est juste monumental!

Serais tu plus calligraphie Orient ou Moyen Orient ?
Calligraffiti Writer Bruxelloise! 🙂

Dialna-Makoto

Tu as décoré plusieurs espaces à Bruxelles et au Maroc, c’est important pour toi de laisser une trace artistique dans l’espace publique ?
C’est ce que j’aime le plus, à vrai dire, cette évolution constante de la calligraphie autrefois purement traditionnelle, du papier aux murs, du sacré au profane… Je suis née en 1980, on a eu la chance de grandir au coeur des années Hip-Hop des 90’s, aujourd’hui, je peux user de mon art tout en maniant les techniques et outils du graffiti; ce mix que l’on peut découvrir dès lors dans mes compos, c’est juste moi ! Laisser mes stickers de mon logo “freedom&justice” de Kuala Lumpur à Malaga, c’est ça : laisser une trace, faire parler les murs tout en réalisant mon art !

Dialna - Makoto

As-tu des projets concernant la calligraphie ?
Oui, plein la tête ! J’ai eu la chance d’avoir l’opportunité de voir ma petite série de 3 toiles “black star” exposée au prestigieux BOZAR en mars dernier, dans le cadre d’une expo collective. Je réfléchis tout doucement à une future expo individuelle. Mais j’aime aller à mon rythme, je ne suis pas pressée même si forcément, il y a des attentes quand tu commences à être visible. Je ne me mets aucune pression. Je suis maman de deux ados, je travaille pour payer mon loyer et mes factures haha. La calligraphie c’est mon exutoire, ma bulle d’air, je prends mes pinceaux quand je le “sens” et dès lors je ne m’arrête plus.

Ton mot préféré ?
Mmmm, l’esthétique d’un mot est importante dans la calligraphie, j’aime écrire la vie, l’amour, le respect ou la liberté. Difficile de choisir.
Alors je dirais tout simplement: la calligraphie: Al-Khatt!

 

Makoto c’est la finesse d’un pinceau japonais, la force d’un morceaux de rap, la douceur d’un papier de soie, la liberté d’une artiste street-art et ne lui demandez pas de choisir, Makoto c’est tout ça et bien plus encore !

Vous pouvez commander des t-shirts, des oeuvres et suivre cette belle artiste sur FB.

https://www.facebook.com/ma.koto.31

 

crédit photo :©noranoor

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