[Portrait] Habiba Bigdade, engagement pour les autres

dialna - habiba bigdadeLes élections primaires du parti socialiste approchant, on a voulu, chez Dialna, vous proposer un portrait d’une femme politique, issue des minorités, étoile montante du parti à Nanterre, et surtout une femme pleine de convictions. Loin de nous l’idée de vous convaincre de voter pour tel parti ou tel candidat, mais plutôt l’envie de montrer un parcours intéressant, car oui, la politique, ça peut aussi être pour nous.
Voici donc Habiba Bigdade. A moins de 40 ans, elle est aujourd’hui maire adjointe de Nanterre à la santé, tête de liste du PS aux prochaines élections législatives pour la 4ème circonscription des Hauts-de-Seine (Nanterre/Suresnes) et porte parole d’Arnaud Montebourg pour les primaires de la gauche.
Finalement, c’est un passage à une exposition nationale assez évident quand on regarde son parcours.

Son engagement est avant tout envers les autres, contre l’injustice, depuis son plus jeune âge. De la volonté d’agir pour les plus faibles à la volonté de représenter le peuple, Habiba Bigdade s’est longuement livrée pour nous sur sa carrière, son parcours, le PS et son futur.

Raconte nous brièvement comment tu es tombée dans la politique ? Y avait-il des antécédents familiaux d’engagement politiques ? Pourquoi le PS? Y a t il eu d’autres partis qui t’ont tentée avant?
Alors, je n’ai pas eu d’antécédents familiaux en termes d’engagement politique, a part le rituel familial chaque année pour apporter des vêtements et autres denrées pour la famille proche dans le besoin, au Maroc. Ce sont des gens qui sont en situation de précarité aigüe, dans une zone rurale. Je pense que ce besoin d’apporter à l’autre a toujours été présent et ça m’a bercée pendant mon enfance et mon adolescence. C’est l’ambition de faire et de donner pour les autres. Ça s’est construit tout doucement, avec une envie au départ de faire de l’humanitaire et d’en faire mon métier. J’avais envie d’être médecin humanitaire  C’était mon rêve.
Ma première rencontre avec le parti socialiste, c’était la visite au collège d’un ancien maire adjoint à la santé de Nanterre, qui avait fait de l’humanitaire. J’avais 14 ans et lui avais laissé mes coordonnées en lui parlant de mon rêve. Je reçois un jour une lettre écrite à la main de cet élu, m’invitant à une réunion. À l’époque, Michel Sapin était candidat aux législatives. C’était le seul député de Nanterre qu’on ait eu au PS, le prochain ça sera moi (rires). Il avait invité Bernard Kouchner, et, à l’époque c’était mon héros!  C’est comme ça que je me suis retrouvée dans les listes des sympathisants du PS, sans y être vraiment. Plus tard, pendant mes études, j’ai voulu faire quelque chose de mon temps. Je me suis rapprochée d’ATTAC pour l’annulation de la dette des pays du tiers monde. Avec cette injustice, on est en plein néo colonialisme en fait. J’avais toute cette réflexion un peu alter mondialiste qui me trottait en tête. Et c’est comme ça que j’ai connu la situation en Palestine, l’urgence de la décolonisation.
Ensuite, je me suis retrouvée à un forum pour étudiants où il 
y avait une association d’étudiants qui s’appelait « la guilde européenne du raid”, j’ai appris plus tard que c’était une assoc’ de droite ! Comme quoi, je n’ai jamais été sectaire ! Ils proposaient des missions un peu partout dans le monde, j’ai voulu aller en Palestine, mais finalement je suis allée au Liban. Nous étions 10 jeunes femmes, et on faisait de l’enseignement et également des activités culturelles avec des enfants, pendant un mois. C’était superbe ! J’ai découvert un autre pays arabe que je ne connaissais pas. Je n’avais que le Maroc en exemple, et ça m’a ouvert les yeux sur les différences. A partir de là tu peux te décloisonner sur tout un tas de questions, et laisser tomber les préjugés.
Suite à cette expérience, on a créé notre propre association qui s’appelait « Deux Mains Solidaires« . On a décidé de faire un programme d’échange épistolaire entre écoliers en France et au Sénégal. On est intervenus dans des écoles ici pour parler de la culture sénégalaise et on est allés la bas, après avoir récolté des fonds pour acheter du matériel scolaire sur place, pour faire fonctionner l’économie locale. La deuxième année, on a travaillé avec une troupe de théâtre qui a monté une pièce  avec des jeunes du service jeunesse d’Aubervilliers (OMJA)
qu’on a emmenés pour la jouer au Sénégal devant des élèves. C’était un échange extraordinaire.
A cette époque là, je gravitais déjà autour du Parti Socialiste, la mairie me connaissait, puisque l’association était domiciliée chez moi, à Nanterre. J’avais déjà adhéré (en 2000) mais je n’étais pas vraiment impliquée. J’ai commencé à me sentir impliquée vers 2005. La ville de Nanterre a 
organisé un voyage au Brésil, à Porto Alegre. Le parti socialiste m’a proposée de faire partie des personnes qui les ont accompagnés. On est partis pour rencontrer le maire de Alvorada, avec qui on était en coopération et il y avait en même temps le forum social de Porto Alegre. On est allé voir ce que la municipalité d’Alvorada faisait pour les jeunes, le budget participatif, ce que la victoire de Lula allait apporter, etc..Il y avait toute une effervescence de la gauche au Brésil ! Là j’ai rencontré encore plus de personnalités locales et associatives, dont la présidente à l’époque de la section de Nanterre de la Ligue des droits de l’Homme. Je n’avais plus de projet associatif à ce moment et j’ai vu en la LDH une opportunité de continuer mon investissement.

Qu’est ce que la LDH t’a apporté de nouveau dans ton engagement ?
On pouvait aborder tous les droits, surtout d’un point de vue international, donc je retrouvais d’une certaine manière ma cause première, à savoir la liberté des palestiniens. Ce qui me révoltait aussi, c’est cette injustice d’absence de liberté de circulation. En fonction de l’endroit de ta naissance et de ta catégorie sociale tu as la possibilité de voyager ou pas ! C’est horrible ! Je crois que c’est la plus grosse injustice de ce monde ! Nous on a la chance de pouvoir aller où on veut, et certains n’ont pas cette liberté parce qu’ils ne sont pas nés au bon endroit. C’est un sujet qui me meurtrit vraiment, parce que, qu’y-a-t-il de plus beau que de pouvoir voir ailleurs ? Les gens n’ont pas forcement envie de partir pour toujours ! J’en suis persuadée, ce qui pousse les gens à rester, c’est qu’ils savent qu’après ils ne peuvent pas revenir ! L’immigration, il y en a toujours eu, on pouvait bouger tout le temps avant ! Et ce blocage vient de la part de pays qui ont colonisé, c’est une injustice totale ! Cette circulation est naturelle. On t’a imposé un modèle de développement à l’européenne qui n’était pas adapté, après avoir pris tes ressources, après t’avoir imposé des frontières, etc .. Ça crée des conflits, forcement. Encore aujourd’hui, tu as des entreprises européennes qui exploitent toutes ces richesses, en accord avec les dirigeants. Tu ne peux pas attendre que ces pays là aillent bien aujourd’hui et tu ne peux pas refuser les gens ! Il leur reste quoi ?
En bonne scientifique que je suis, je prends souvent cet exemple, tu as un endroit avec une concentration de sel dans de l’eau, et tu as une partie d’eau sans sel. Si tu mets une membrane poreuse entre les deux, qu’est ce qui se passe ? Tu vas avoir le sel qui va aller de l’autre coté, pour équilibrer, c’est normal. Quand les frontières s’ouvrent, c’est un rééquilibrage qui se fait. Donc quand les richesses partent, bah les hommes partent, avec les richesses, c’est une question de survie ! Tu vas là où il y a à manger, il n’y a rien de plus naturel ! Et là on veut prendre les gens pour des voleurs, mais qui prend les richesses ? C’est ça, la philosophie de mon engagement ! cette absence de liberté de circuler.
dialna - habiba bigdade
Donc quand tu t’engages à la ligue des droits de l’Homme, c’est un engagement politique de fait, parce que la LDH est une institution de gauche, donc tu t’imprègnes de toute leur histoire, de l’histoire des luttes de la défense des droits pour les femmes, les étrangers, pour toutes les minorités, et c’est un bon compromis je pense pour pouvoir défendre une cause. T’as un espace pour t’exprimer quand tu as déjà fait de l’associatif, tu te sens un peu confrontée à un moment donné aux décisions politiques. Tes actions, tu les fais parce que les décisionnaires politiques veulent bien te donner des subventions, tu dépends d’eux. Quand sont arrivées les élections municipales de 2008, j’étais déjà devenue présidente de la LDH à Nanterre. Franchement, on est venu me chercher ! J’avais même un peu peur des élections municipales, je me posais des questions. Alors que c’était juste logique, évidemment. Maintenant que je suis responsable du PS à Nanterre, c’est logique pour moi d’aller vers des personnes investies dans le milieu associatif, puisqu’ils ont déjà un fond politique, de part leur engagement ! Ils font déjà des choses par eux mêmes. Et aujourd’hui on a vraiment un manque de ce genre de personnes, on le constate, les gens ne s’investissent plus. J’ai considéré qu’il fallait que je renonce à mon poste à la présidence de la LDH quand j’ai été élue au conseil municipal, par peur du conflit d’intérêt.

Certains ont eu des postes avec beaucoup plus de responsabilités et n’ont pas eu cette peur de ce conflit !
Oui, en fait, il aurait juste fallu que je ne vote pas, que je m’abstienne au moment du vote pour les subventions à la LDH en fait !

Quelle est la différence au quotidien dans tes combats ?
Aujourd’hui je continue toujours mes combats mais avec un autre porte voix, en tant qu’élue, et forcement, la parole porte plus haut. J’ai plus de voix. Quand je fais un courrier au préfet des Hauts de Seine pour une demande de régularisation par exemple, j’ai plus de poids en tant que maire adjointe qu’en tant que présidente de la LDH de Nanterre. En tant qu’élue, j’ai plus de poids, j’ai un retour, des réponses, plus de réactivité, je suis plus entendue. Je ne sais pas si je suis plus efficace, mais on m’entend mieux. On interpelle plus facilement les gens.

Pourquoi a-t-on l’impression qu’une fois élues, même au niveau local, les personnes engagées ne font plus rien ?
On me dit souvent que quand les gens montent en grade en politique, il se taisent. Quel est l’intérêt pour moi ? Moi, je ne vois pas souvent mes gosses, j’ai mis un stop a ma carrière professionnelle parce que je n’évolue pas, je ne vois pas mes amies, donc si c’est pour en plus la fermer, je préfère m’investir ailleurs ! Si tu le fais, c’est un engagement sincère ! Tu as parfois de la méfiance de la part des adhérents par rapports à d’autres élus, car on ne les voit plus après. Le sacrifice il est là, je fais toutes les réunions. Plus tu t’investis et plus tu en rajoutes, ce n’est pas le contraire !

C’est à l’image que ce que tu vois à l’Assemblée, avec le cumul des mandats et l’absentéisme.
Le cumul des mandats c’est un combat, c’est voté. Pour l’absentéisme je suis d’accord, c’est un fléau. C’est aussi aux électeurs de sanctionner leurs députés quand ils sont trop absents. Ce sont eux qui votent pour leur représentations. Après je sais que certains votent par habitude pour leurs députés / maires en continu. 

C’est le problème quand on vote plus pour un candidat que pour un programme. C’est aussi le cas aux présidentielles, non ?
Le problème de la Vè république c’est vraiment la personnification du chef de l’Etat au détriment de l’Etat, lui même. C’est ce contre quoi lutte Arnaud Montebourg depuis des années, il défend la VIe République. Remettre le gouvernement au centre de la gouvernance, avoir une république parlementaire, avoir des députés qui représentent vraiment le peuple et qui soient décisionnaires. Il faut qu’on arrête le 49.3 quoi. Si tu n’as pas ta majorité pour faire passer une loi, il faut tout reprendre ! Pour la loi du travail, comment peut on s’obstiner à vouloir faire passer une loi qui n’est pas acceptée par les français ? On l’a vu dans les sondages, dans la rue, chez les parlementaires ! Ce n’est pas un renoncement de faire les choses bien et de respecter les gens. On a toujours cette image de l’homme fort qui impose. Non, la politique ce n’est pas « j’impose ». On est dépositaires du mandat des citoyens.

Justement sur ce mandat, le président a été élu sur un programme, dont certains points, promesses de campagne n’ont pas été tenues. Et en plus, le gouvernement a imposé des choses impopulaires. Toi en tant que membre du PS, et en tant que citoyenne, quel est le bilan que tu fais de ce quinquennat assez particulier ? Tu partages ce sentiment de déception, voire de trahison de la part de certains sympathisants ?
Oui ! on avait un programme en 2012, et on avait nos 60 engagements. Et on a beaucoup de choses a reprendre qui n’ont pas été faites. Et elle est là la déception. Il y a des choses qui ont été faites, autour de l’école, de la formation des enseignants, l’allocation de rentrée scolaire, et partiellement pour la santé, on aurait pu faire plus.

Il y a des choix symboliques qui n’ont pas été faits comme le droit de vote des étrangers, et c’est ce qui bloque.
Le vote des étrangers aux élections locales c’est juste une mesure de justice et d’égalité. Aujourd’hui, on a des étrangers qui votent pour les élections municipales, ce sont les européens. Depuis Maastricht, la citoyenneté a été séparée de la nationalité. Donc il y a une discrimination. On demande une égalité des droits,et ça, d’autres pays l’ont mis en place. Moi je fais toujours le corollaire avec le droit de vote des femmes, c’est une mesure de progrès. Le premier pays à avoir mis en place le vote des femmes et plus tard celui des étrangers, c’est la Nouvelle Zélande. Cela vient souvent des mêmes pays. La France, soi disant “pays des droits de l’homme” est dépassée par certains pays. Comparé au reste de l’Europe, on est vraiment en retard, et hyper conservateurs ! On veut juste les mêmes droits pour tous. Cette opposition ne vient pas que du peuple qui serait réfractaire au changement, ça vient surtout des institutions qui sont sclérosées. Quand tu es une personnalité publique, tu as une responsabilité pour ceux qui n’ont pas forcément une analyse critique. Du coup quand tu émets une opinion, tu façonnes déjà celle de certaines personnes, qui ne vont peut-être pas chercher loin.
A la décharge du gouvernement sortant, ce qui n’a pas été fait, et ce que je leur reproche c’est de ne même pas avoir lancé le débat ! On avait une fenêtre de tir parfaite pendant l’été 2012. On avait le Parlement, et le Sénat qui étaient a gauche, on avait le nombre de parlementaires favorables, parce qu’il faut changer la  Constitution pour ça. Mais ça n’a pas été fait et c’est dommage car c’est une défense des mêmes droits pour tout le monde ! Tu ne peux pas défendre des droits pour certains et pas pour les autres.

Pour certains privilégiés, rétablir une égalité de droits, c’est leur retirer des droits à eux…
Quand tu défends les droits non respectés, c’est toujours pour les minorités de toute manière ! Si tu fais partie d’une majorité tes droits sont déjà respectés !  Mais ce sont les minorités qu’on empêche bien souvent de vivre en paix comme tout le monde, avec la stigmatisation permanente. Quand on vient me parler de racisme anti-blanc, je demande à quel moment le fait que tu sois blanc t’empêche de trouver un boulot, un logement ? La haine de l’autre, on peut la trouver partout, même entre marocains, entre algériens, mais ce n’est pas la même chose, la ce sont des rapports individuels ! Tant qu’il n’y a pas de conséquences dans ta vie de tous les jours sur tous ces plans, ce n’est pas du racisme. Moi je veux bien qu’on me dise sale bougnoule si je n’ai pas tous ces soucis ! Néanmoins il faut condamner toutes les agressions verbales liées à l’apparence, aux origines, qui ne sont pas tolérables.

Quand tu vois que les grosses associations soi disant anti-racistes, soutenues par le gouvernement telles que la Licra, SOS Racisme, veulent défendre l’existence d’un racisme anti-blanc, attaquent encore plus les minorités, tu comprends que ça fait aussi partie de ce sentiment de trahison, de méfiance a l’égard du PS, d’une certaine gauche déconnectée de la vraie vie ? Si tu rajoutes à ça les scandales tels que le vote pour la déchéance de nationalité, les violences policières (comme pour l’affaire Adama Traoré), ça fait beaucoup.
Je suis d’accord avec toi, tous ces scandales prouvent en effet une totale déconnexion d’une partie de la gauche, je suis très en colère contre ça.

Comment essaierais-tu de convaincre les gens de croire encore au PS?
Mais ce n’est pas le PS ! faut d’abord croire aux gens qui portent des projets ! Là à Nanterre, je suis candidate pour le PS, aux législatives. Tu m’as demandée pourquoi le PS ? C’est une aventure humaine, des rencontres. En même temps ça aurait pu être autrement. Quand je suis partie au Liban, j’ai demandé un soutien financier qui m’a été accordée. J’étais ds le bureau du maire adjoint, communiste, qui m’a donnée ce chèque. Il a en face de lui, une jeune fille, Nanterrienne, motivée, qui fait des choses, qui va un peu dans son sens… il n’en a rien fait. Il n’a jamais pris mon numéro. Il y a des gens qui te font confiance. Et d’autres qui s’en foutent ! ils sont dans un entre soi. Il y a des gens qui te donnent la force de pouvoir évoluer ou pas. Aujourdhui je suis au parti socialiste, et j’évolue avec mes idées, qui finalement ne sont pas incompatibles. Entre mes débuts et aujourd’hui, certains ont du abandonner, parce que c’est difficile, ça prend du temps, parce qu’on leur a mis des bâtons dans les roues. Il n’est pas question maintenant pour moi d’abandonner. Quand je ne cautionne pas je le dis, comme pour la loi du travail, la déchéance de nationalité, le burkini. Parce que j’ai en tête, la défense des droits pour tous, et être juste. C’est tout, je m’en fous de la politique. Je gagne tant mieux, je ne gagne pas, tant pis, je continue la lutte.

Tu n’as jamais pensé quitter le parti ? Même pas au moment du mouvement des frondeurs ? 
Ça ne marcherait pas. D’autres l’ont fait et se sont cassés la gueule. Leur parole n’avait plus la même portée et s’ils étaient restés, au final, ça serait mieux. On serait plus nombreux pour lutter.

Du coup quel est le message envoyé aux électeurs ? Je ne suis pas d’accord mais j’y reste, parce que je n’ai pas le choix ?
Si j’ai le choix. J’ai le choix de partir mais je reste parce que j’ai des choses a défendre. Le plus important, c’est que ma voix soit entendue. C’est ça mon objectif, sinon je reste chez moi.

Tu n’envisages pas de défendre tes valeurs ailleurs que dans ce cadre la, du PS?
Non, parce que je me suis construite avec le parti socialiste, et on défend nos positions en interne, lors des congrès. A nous de défendre nos idées. Ceux qui quittent le PS, je veux leur dire ne le quittez pas, on a besoin vous, de vos voix pour être majoritaires à l’intérieur même du parti socialiste.

Tu ne penses pas que le PS aujourdhui est sur la fin, et qu’il est fini ?
Il y aura un avant/après, c’est sûr.

Un avant/apres Valls ?
Oui je ne sais pas s’il va rester ou s’il va pas être récupéré ailleurs..

Tu le considères comme étant de gauche ?
Non. Du tout.

Tu le positionnes où sur la balance politique ?
Nulle part. J’en sais rien. Je ne le situe pas. C’est pas parce que tu as mené quelques reformes de gauche dans ton gouvernement, menées par d’autres ministres d’ailleurs, que ça fait de toi quelqu’un de gauche. Parce que ça se ressent dans le discours, et clairement il n’a pas un discours de gauche! Et maintenant, il vient dire « je vais supprimer le 49.3 » alors qu’il a utilisé à plusieurs reprises, ça sent l’instabilité. Et quand tu es instable, tu ne sais pas où tu es ! 

Si jamais M Valls gagne les primaires, est ce que tu le soutiendrais aux élections présidentielles ? Tu serais capable de t’abstenir ?
Quand on s’engage en tant que candidat du parti socialiste, on s’est engagé à soutenir le candidat qui sort des primaires. Pour moi, l’objectif c’est qu’Arnaud Montebourg puisse gagner. Mais j’entends cette question. Pour les primaires de la gauche, je regrette qu’on n’ait pas aussi Mélenchon, les Verts, etc pour plus d’unité au final. C’est lié à leurs choix que je respecte. On va choisir le candidat de la gauche lors de ces primaires, donc si les citoyens de gauche choisissent Manuel Valls, et qu’ils le considèrent comme quelqu’un de gauche, il va falloir qu’il fasse des alliances avec le reste de la gauche, Mélenchon par exemple, et je doute qu’il en soit capable. Donc j’appelle vraiment les électeurs à aller choisir un vrai candidat de gauche dans ces primaires !

Comment peux tu redonner confiance en ceux qui ne croient plus en la gauche, ceux qui ne veulent plus donner leur voix ?
Moi j’ai envie de leur faire croire à nouveau que c’est possible! Qu’il y a des gens, des idées, des bosseurs, il faut aller lire tous les programmes. Je comprends la déception. Moi, je soutiens A Montebourg parce que c’est l’assurance qu’il va faire ce qu’il a dit. C’est pas un alimentaire de la politique. Il a été avocat pendant 8 ans, puis élu, député, ministre. Quand il a arrêté, il n’avait plus de mandat, il n’a jamais été en fonction par besoin, il voulait mettre en oeuvre sa politique. Là, il n’était pas d’accord, il est parti. Il met l’engagement politique avant tout. Quand on fait de la politique, c’est nous qui décidons de se reprendre en main. Cette confiance en l’intelligence des femmes et des hommes, c’est ce qu’il faut sur le terrain. On maintient des dispositifs austérité qui détruisent l’emploi, qui diminuent le pouvoir d’achat. Et on les maintient car ils sont imposés par Bruxelles. Mais quand tu élis quelqu’un sur un programme pour changer les choses, et bien il faut aller jusqu’au bout. Si on doit payer des amendes, on le fera. Arnaud Montebourg a décidé de passer outre. Il faut accepter les amendes, certes, c’est une augmentation du déficit mais derrière, c’est une relance de l’économie, donc de la croissance. Les politiques d’austérité jusqu’à maintenant n’ont fait que prouver leur inutilité ! Pour donner de la chance à nos emplois, à une autre façon de faire la politique un peu plus audacieuse, il y va, il y croit. Mais ca va marcher, il s’est entouré d’économistes, de spécialistes etc

Il croit vraiment à la possibilité d’être élu ?
Oui, bien sûr ! Mais comme il l’a dit, aux présidentielles, on ne gagnera pas sans Mélenchon, sans les Verts ! Il est lucide, il n’est pas la pour mentir. Et les gens ont envie d’entendre la lucidité, la réalité, ils ne veulent plus des mensonges, il y a une perte de confiance. Et justement ce n’est pas un apparatchik. Il va vers les gens qui travaillent, qui ont les mêmes idées, “t’es là tu bosses, bah viens !” Moi je suis porte parole, on me l’a proposé, du coup, tu te sens honorée, tu te dis mon travail et mon positionnement sont reconnus.avec tout ce que je défends !

Dans ta tête, tu penses à l’éventualité d’avoir un porte-feuille de ministre s’il est élu ?
Je n’espère rien, comme ça je ne suis pas déçue. Lui ne m’en parle pas, moi non plus. Il y a d’autres personnes qui travaillent dans le domaine de la santé par exemple, donc non, on n’a pas négocié ça avant que je n’accepte ce poste de porte parole. Lui est comme ça et moi aussi. C’est pour ça que les alientaires ne restent pas avec lui, ils n’ont rien a espérer avant de se mettre à travailler. Il n’y a rien à gagner ! A la fin il n’est entouré que de personnes qui sont sincèrement investies et qui font les choses parce qu’elles y croient.
P
our le moment, c’est la campagne des primaires, on verra après si j’ai un autre poste ou si je n’en ai plus. Ce n’est pas un problème pour moi. Des alliances vont se faire, donc il y aura d’autres personnes en vue. on verra.Et, en cas de victoire aux présidentielles, il faut nommer des gens sur leur compétence avant tout. Moi, je suis aussi candidate aux législatives donc je vais avoir ma propre campagne. Le fait d’être porte-parole aujourd’hui me donne aussi une certaine exposition médiatique, que je n’aurais pas autrement. Ça sera un plus par rapport aux autres candidats sur Nanterre. Les gens iront chercher qui je suis, et ils verront mes prises de positions, tout ce que j’ai soutenu. Allez y sans problème ! Je n’ai rien de scandaleux dans mes archives !

Si Valls est élu président et que tu sièges à l’Assemblée, s’il tente à nouveau de faire passer des lois en forçant, alors que tu es contre, que ferais tu ?
Moi on ne m’a rien donné, j’ai toujours gagné par moi même ou avec mes camarades, sur le terrain avec mes engagements etc.. Si je défends les choses, je vais jusqu’au bout, quitte à être exclue, tant pis. Ce serait horrible de finir comme ça. Je comprends la déception des citoyens. Mais je leur dis, il faut voir ce qu’ont fait les candidats auparavant, leur engagement, c’est la seule réalité. Je sais qu’il y a pleins de gens dans les partis qui n’ont aucune conscience politique et qui sont la juste pour le prestige. Moi j’y suis et je dis les choses à contre courant, et on ne m’a jamais dit de ne pas parler. C’est le sens de mon engagement depuis toujours.

Par rapport à l’islamophobie ambiante depuis quelques années, tu as constaté qu’il y a un muslim bashing qui est un peu à la mode chez tous les candidats. Il faut aller ds cette mouvance là pour gagner des voix ? Montebourg n’a pas l’air d’y participer ?
Il est anti sectoriel de toute façon

Justement, on ne l’a jamais entendu non plus sur les attaques faites aux musulmans. Quelle est sa position sur ces questions ? Il ne dit rien dessus, du coup, on n’a pas l’impression qu’il entende cette population ?
Lui il est clair la dessus, il ne fait pas de distinction entre les français. Donc le fait d’en parler plus, c’est déjà faire une distinction. Certains ont essayé de le faire parler du burkini, il n’a eu aucune envie de parler d’une tenue de bain, pour lui, il n’y a pas de problème.

Il n’y a peut-être rien à dire sur le burkini, mais il y en a à dire sur les femmes qu’on a viré des plages ou qu’on a forcé à se déshabiller au nom d’une laïcité dévoyée ?
Je suis d’accord avec toi, mais c’est pareil, on laisse les gens tranquille. Ne me parlez pas de maillot de plage, ce n’est pas un problème, ça veut dire, de fait, laissez les gens tranquilles. Moi, j’en veux à Valls pour son positionnement, aller commenter une décision de justice, c’est déjà grave et encore plus sur ce sujet là ! Et j’en veux aussi à Hollande. Il n’a rien dit du tout. Il aurait dû déclarer : « c’est un non sujet, on passe à autre chose ». Parce que ça résonne dans la tête des gens, quand tu ne dis rien, tu prends parti. Il faut contrer ce genre de comportements en disant c’est une entrave à la liberté individuelle. C’est primordial. On ne peut pas jouer avec ça. Valls passe son temps à parler du droit de la femme, tout en stigmatisant les femmes musulmanes. A cause de lui, on a perdu de la crédibilité en parole publique. A un moment donné il faut garder un discours haut et dire les choses qui sont universelles. Par exemple, A. Montebourg est très clair sur la question du voile a l’université. Il est pour que les femmes s’habillent comme elles veulent. On est à la fac, elles sont consommatrices de l’enseignement. Elles ne sont pas professeures ni délégataires du service public, de ce fait elles sont libres de faire ce qu’elles veulent. Pour lui, à la majorité, elles sont libres de leurs choix. Et souvent sur la question de la laïcité, certains se disent laïcs. Ça ne veut rien dire, ce sont les institutions de ce pays qui sont laïques. Toi tu n’es pas laïc, les gens confondent avec la tolérance.

Un dernier mot sur l’affaire Traoré et le traitement par le gouvernement ?
La France est un état de droit, il faut faire confiance à notre justice, il n’y a rien d’outrageant de présenter ses condoléances à la famille, d’autant plus que le décès est survenu dans des locaux gérés par l’Etat. Il est de l’honneur des responsables politiques de savoir honorer les victimes de violences, surtout, quand ces victimes sont le symbole de la discrimination que vivent nos jeunes dans les quartiers, de part leur conditions sociales, leur origines avérées ou supposées.

On finit notre entretien avec notre question un peu plus légère. Quels sont tes coups de coeur du moment ?
J’ai pas le temps d’avoir des coups de coeur ! j’aime bien la chanson de Zaho : Allo. Il y a aussi l’humoriste Guillaume Meurice qui me fait beaucoup rire en ce moment ! 
Sinon, mon coup de coeur du moment c’est le programme d’Arnaud Montebourg ! 

 

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