[Portrait] Azzedine Alaïa : عز الدين عليّة

Azzedine Alaïa

Il fut un temps, naguère, jadis, avant avant… Cette photo d’Azzedine Alaïa et de Naomi Campbell, était punaisé au dessus de mon bureau et avait complétement aspiré mon attention. Le maestro au pied de sa muse, en train de finir une robe mythique « La robe bandeau »

Au delà de la  beauté de cette image, à l’époque voir une femme noir et un mec arabe, dans un magazine féminin, de luxe relevait du miracle ! On ne montrait pas des gens racisés qui réussissaient dans le monde de la mode ! Et ce duo hors norme  m’a fasciné dés le départ, elle grande et sculptural, lui petit, timide qui répond au doux prénom d’ Azzedine !  Tout les deux cartonnent dans l’industrie la plus féroce et fermé au monde celle de la mode.

J’ai suivi et étudié le travail d’Alaïa comme on étudie un tableau de Rhode Bath-Schéba Makoumbou ! Azzedine Alaïa était pure fascination pour moi, tout d’abord par son parcours…

Né à Tunis en… Et oui mesdames, messieurs personne ne connait la date de naissance d’Azzedine Alaïa ! il disait « Je suis comme les pharaons, je n’ai pas d’âge »

il a commencé dans la couture, très jeune pour pouvoir se payer des études aux Beaux arts de Tunis, Alaïa est un sculpteur de formation, d’ailleurs toutes ses clientes diront de son travail  » Quand Alaia nous créait une robe, il sculptait notre corps »

Il arrive à Paris en 1956 et la ville ne lui fait pas de cadeau (cette ville ne fait de cadeau à personne j’ai l’impression) bref, ses débuts dans la mode sont extrêmement fragile, il entre dans la maison Dior et se fait virer au bout de 5 jours faute de papier en règle, il dira de cet épisode sans amertume  :

C’était la guerre d’Algérie, et on m’a renvoyé car ça n’était pas bien vu d’employer des Nord-Africains à l’époque.

Il s’installe dans une chambre de bonne que lui prête la comtesse de Blégiers en échange de petits travaux ; il y reste plusieurs années, alternant couture et baby-sitting. Une rencontre qui va changer sa vie c’est Louise de Vilomorin qui lui présentera tout le gotha parisien, au début il se plie aux commandes des robes de cocktails, des manteaux, puis au fur et mesure il propose ses dessins et commence à créer pour une clientèle de luxe Parisienne et internationale.

Sa timidité maladive et sa petite taille vont jouer en sa faveur, les femmes se sentent  en sécurité avec lui, mais lui reconnaissent un talent de couturier hors paire ! Azzedine était bien plus que cela, c’était un artiste, un tailleur, un travailleur !

Avec une clientèle riche et une solide réputation, la machine est en route et ne s’arrêtera plus jamais ! A sa liste de cliente on compte Greta Garbo, Arletty,  la famille De Rothschild,  Tina Turner, Cher et l’Iconique Grace Jones qui dira de ces créations :

Quand je porte du Alaia je me sent forte ! 

 

En plus d’avoir des clientes fortunés, il sait s’entourer de belles femmes, il repère et devient le repaire de Stéphanie Seymour, Christy Turlington et Naomi Campbell alors qu’elles étaient adolescentes. Naomi dine chez lui un soir, elle raconte qu’on lui a volé son sac et ses papiers à Paris, il lui demande le numéro de sa mère, converse avec elle 5 minutes et lui dit : « c’est bon tu vas vivre chez moi. »

Stéphanie Seymour dira de cette époque :

J’avais 16 ans quand je travaillais avec Azzedine, il  m’offrait les robes, que je portais lors des défilés, très vite j’ai compris que je devais les collectionner comme des œuvres d’art, aujourd’hui j’ai un étage complet de robes Alaia qui fait partie de mon histoire.

Alaia cartonne, il a les clientes les plus riches et les top modèles les mieux payés de la planète pour ses défilés ! Il casse les codes, ne suit pas le planning de la fashion week ! Travaille à son rythme, c’est à dire quand il a fini sa collection, point barre.

Artiste, c’est surtout ça qu’il faut retenir de ce grand monsieur, un homme qui a fait les beaux arts ! Capable de dessiner ses patrons, sculpter des robes miniatures, dessiner des maillages de tissus pour aller dans les usines en Italie et sans parler la langue, il expliquait la texture qu’il voulait pour ses matières.

Beaucoup de gens, pensent que les personnes racisées qui réussissent ont un talent « Inné » pour l’art et la création. On n’imagine pas une minute la somme de travail qu’il y a derrière, comme si par magie cette personne à eu de la chance d’arriver là ou elle en est.  C’est beaucoup de recherche, des dessins, une connaissance de l’histoire de l’art, des heures de travaux sur une machine à coudre, de la pratique et une curiosité boulimique pour le monde…

Il a travaillé toute sa vie sans relâche, et quand après un défilé, un ou une journaliste lui posait la question « Êtes vous content de votre collection » il répondait  » Je ne suis jamais satisfait de mon travail »

Et puis le 18 novembre 2017, il meurt à Paris et là part une partie de mon adolescence, Alaia m’a fait rêver par son parcours, sa discrétion, sa relation avec ses ami-es, son amour de l’art et surtout ses créations.  Avec lui partent les murs de ma chambre ou j’accrochais la photo de Naomi en couverture d’Elle, Grâce Jones dansant au studio 54 ou les photos de lui prise par Jean Paul Goude.

Monsieur Alaia aujourd’hui vous exposez au design museum à Londres et certainement d’autres musées vont exposer vos travaux… Vous allez laisser un patrimoine énorme pour l’industrie de la mode, mais à nous les Farida, Fatoumata, Virgile, Bouchra, Amine, Aissa, Emir, Nora et tant d’autres vous nous avez donner la plus belle des permission celle  de rêver à une belle vie.

Allah Y rahmek Azzedine <3

 

 

 

 

 

 

 

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