[Cinéma] Le vénérable W.

Le vénérable W, documentaire réalisé par Barbet Schroeder, sorti en salles le 07 Juin 2017

dialna - vénérable W

Jamais la haine ne cesse par la haine ; c’est la bienveillance qui réconcilie. Bouddha

On aurait tout aussi bien pu l’appeler l’effroyable W., tellement ce documentaire va vous glacer le sang.

Qui est ce W ? Ashin Wirathu, pour ne pas le nommer, est un moine bouddhiste Birman, très influent, à la tête de mouvements extrêmement violents (Mouvement 969, association Ma Ba Tha) envers la minorité musulmane de Birmanie, les Rohingya, et qui prône un véritable nettoyage ethnique. Barbet Schroeder a décidé de ne pas dire son nom dans le titre, car il lui fait peur. Et il y a de quoi. Le réalisateur cherchait comment clore sa trilogie sur la « tragédie du mal » (après des documentaires sur le général Idi Amin Dada, et l’avocat Jacques Vergès), autant vous dire qu’on ne peut pas faire pire.

Depuis au moins 2003 et les premières émeutes anti musulmans (et même avant), W sème la haine dans ses discours et ses livres, et défend une vision très nationaliste de ce que doit être la Birmanie, la race et la religion bouddhiste. Sa hantise, son obsession, c’est l’idée que les Rohingya veulent en fait islamiser le pays en épousant des birmanes bouddhistes qui se convertiraient, accaparent les richesses du pays, et qu’ils sont un poison pour la nation.

Le film est une véritable immersion dans l’horreur du racisme, en proposant un portrait, sans jugement. Les protagonistes s’enferment ainsi tous seuls dans leur vérité maléfique. Le propos et l’idéologie du moine bouddhiste sont bruts, livrés sans filtres, la logique d’extermination y est montrée sans atténuation. Les images du documentaire le sont également, il faut avoir l’estomac bien accroché par moment. Pourtant, B. Schroeder affirme qu’il a encore des heures et des heures d’images encore plus terrifiantes, qu’il n’a pas voulu mettre dans le film pour ne pas susciter du dégoût chez le spectateur.

Ce documentaire porte vraiment sur ces moines bouddhistes, adeptes de la haine et de la violence, et leur organisation en mouvement ultra nationaliste, assez puissant pour faire passer des lois clairement fascistes. Le fait qu’il donne la parole directement au bourreau peut déstabiliser, mais le réalisateur tenait absolument à faire face à la réalité, pour analyser la situation et les réactions que suscitent ce personnage. Le racisme, le nationalisme, le populisme sont des manifestations d’un même phénomène qui peut se produire partout, à n’importe quel moment. On peut y voir une analyse structurale du racisme. On a déjà assisté à un tel schéma par le passé, à plusieurs reprises, et on assiste aujourd’hui, un peu partout à des faits qui ressemblent aux premières étapes de ce schéma.

Pour W, il y a trop de musulmans en Birmanie. Sa conception de la race pure et de la nation birmane ne va pas avec une présence musulmane. Il appelle d’ailleurs les musulmans, les bengali pour les rattacher au Bengladesh voisin, ou pire, les « kalars », un terme insultant, comparé au terme anglais : N***** , ou parle de poison pour la nation. Les Rohingya représentent 4% de la population birmane. W, et ses adeptes les imaginent majoritaires. Le documentaire fait une brève comparaison avec l’Europe sur ce point pour mettre en lumière comment la perception de l’autre est faussée par une situation de crise économique par exemple. Comment, de ce genre de  « fake news », on arrive à des appels aux meurtres. Les discours de Wirathu appellent à la déshumanisation des Rohingya par le boycott économique (leurs commerces), mais aussi par l’exclusion sociale (interdiction d’être ami avec eux), puis parlent des violences commises par les musulmans pour justifier les émeutes, attaques, agressions, etc ..

Ce documentaire montre toutes les étapes qui amènent au génocide de minorités, car c’est réellement ce qui se passe aujourd’hui. En effet, selon l’ONU, les Rohingya sont la minorité la plus persécutée au monde. On les chasse de leurs villages, du pays ; leurs maisons, mosquées sont brûlées ; ils sont systématiquement massacrés, sous couvert de conviction religieuse, et de protection de la nation.

dialna - vénérable wLe discours de W ressemble à s’y méprendre au discours nazi. Il a d’ailleurs été appelé le « Hitler bouddhiste ». Il poursuit une véritable logique d’extermination, qui découle de sa peur irrationnelle de la disparition de la race Birmane. Ce n’est même pas étonnant de le voir encenser Donald Trump. Barbet Schroder raconte que W est très « fan » de Marine Le Pen. On se demande bien pourquoi …. C’est d’ailleurs en lui parlant de la présidente du FN que le réalisateur a capté l’attention du leader bouddhiste et qu’il l’a convaincu d’accepter de répondre à toutes ses questions. Il n’a aucun tabou. Il dit tout, dans la plus grande concentration, sans ciller. Des années de méditation bouddhiste ont formé une discipline assez impressionnante. C’est aussi un des aspects les plus angoissants du personnage.

Le petit reproche qu’on peut faire au film, c’est qu’il est très clément avec Aung San Suu Kyi, au pouvoir en Birmanie. Pour B. Schroeder, elle est complètement prisonnière des militaires qui ont toujours un pouvoir politique énorme, elle ne peut donc pas dénoncer le traitement des Rohingya. Le fait est qu’elle ne dénonce pas mais pire, elle nie totalement le génocide en cours.

« Ne prenez pas le mal à la légère en disant :  il ne m’atteindra pas. Même un pot d’eau finit par se remplir de gouttes de pluie. De même, l’innocent, absorbant goutte par goutte, finit par se remplir du mal ». Le Dhammapada, les versets du Bouddha

Le vénérable W. est un documentaire indispensable pour comprendre comment le nationalisme peut engendrer de la haine, de la terreur même chez celui qui est censé chercher la paix intérieure tout au long de sa vie. Personne n’est à l’abri du mal.

 

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