[Portrait] Rakidd / Ouafa, rencontre avec un duo de choc

Vous avez sûrement déjà aperçu ses gribouillages sur le net, ces petits personnages enfantins, avec une tête énorme, et remplis de poésie. Son nom vous dira forcément quelque chose : Rakidd. Et bien, il quitte momentanément le digital pour le bon vieux format papier avec “Le monde de Rakidd », paru aux éditions Faces Cachées. Un magnifique livre d’illustrations, plein d’émotion, mettant en scène 35 dates marquantes depuis 2001 à nos jours. Le pari est plus que réussi pour le premier livre de Rakidd, aka Rachid Sguini, et la deuxième publication pour sa jeune éditrice Ouafa Mamèche. Aucun doute, on a devant nous deux beaux parcours de réussite, avec la même envie de faire bouger les choses, de ne pas se cantonner aux rôles figés que certains imaginent pour eux. A moins de 30 ans, on les trouve l’un et l’autre dans des domaines qu’on imagine toujours inaccessibles pour ce genre de profils. Dialna est allé à leur rencontre pour parler de leurs parcours, projets et bien sûr du superbe livre paru hier, le 12 décembre.

Parlons un peu de vos parcours à l’un et à l’autre. Ouafa, tout d’abord, Comment, à 26 ans, après des études d’histoire, en est-on à éditer son 2è livre ?
Par manque de débouchés ! J’ai vraiment eu de la chance de trouver un master d’édition après ça, qui a sonné comme une évidence. J’y ai beaucoup appris mais, c’était surtout un prétexte pour rentrer dans ce milieu. Lors d’un stage chez Hachette, où j’éditais des manuels scolaires, j’ai réalisé que faire un livre, c’est pas si compliqué. Le plus dur c’est de le vendre. Donc pourquoi ne pas lancer une maison d’édition, parce que les livres que moi j’aime lire, de gens comme nous, je les trouve pas ! Ou difficilement ! Je voulais un projet à la croisée des chemins, parce que c’est difficile de retrouver des choses qui nous ressemblent. Dans la vie, on te met toujours dans des cases qui ne correspondent à rien, et moi je voulais sortir de ça. J’ai finalement rencontré les personnes qu’il fallait, au moment où il fallait, et ça s’est fait beaucoup plus rapidement que prévu ! Ça avance bien, on prend notre temps, c’est le plus important. Quand tu n’as pas de pression économique, tu vas à ton rythme.

C’est pour ça que tu as choisi d’avoir un statut d’association pour ta maison d’édition ?
Oui, on a le statut Association économie solidaire. C’est beaucoup plus facile. J’ai rencontré des gens qui en avaient déjà une établie. Il faut juste rajouter un statut et dire que tu vas faire de l’édition de livres. Voila, tout le monde peut en faire. Ça nous permet d’avoir des subventions publiques, donc tout ce qu’on gagne on le remet dans la boite. Une société, c’était trop compliqué, on n’avait ni le temps, ni l’argent à investir, et surtout on savait pas si le livre allait fonctionner. Et à la base, on a fait des livres pour nous et pour des gens comme nous. Je me disais que si toutes mes connaissances qui aiment les mêmes choses que moi peuvent en parler et/ou acheter le livre, ça peut le faire !

Quand on ne connait pas ce milieu, l’édition nous parait inaccessible, très compliqué. D’après ton expérience, c’est assez simple, à condition d’avoir déjà un pied dedans?
Exactement, mon stage chez Hachette par exemple, je l’ai eu par piston de mon prof, parce que tu n’y rentres pas comme ça, surtout avec mon profil pas du tout littéraire. Mais, avec toutes mes années dans le hip hop, j’ai appris à y aller au culot, à l’audace ! Quand tu sais où aller, tu n’as besoin que de ça. Faut y aller, faut être autonome, faire les choses et ne pas attendre qu’elles arrivent.

Justement ta première publication « Je suis » a eu un beau succès, avec de belles retombées médiatiques, comment tu as vécu ça ?
Quand je suis arrivée sur le projet, le livre était déjà écrit, et je l’ai retravaillé avec l’auteur Bakary Sakho. On s’est dit tiens, sortons le en octobre, ça tombera avec l’anniversaire des révoltes en banlieue de 2005. Et forcément, les média ont été curieux ! Voir un noir en couverture, qui parle à la première personne, et qui dit des choses qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, ça a percuté, ça et le charisme du personnage aussi ! On a beaucoup vendu sur des rencontres en fait. Parce que les média c’est bien, mais si en allant a la FNAC, les gens ne trouvent pas ton livre, ils lâchent l’affaire. Donc c’est vraiment les rencontres qui ont fait la différence. On en a fait beaucoup, un peu partout, dans des facs, des librairies, etc..

Lors de la sortie de « Je suis » l’an dernier, tu as dit que tu avais fait ce projet aussi pour “Donner la parole à ceux qui ne l’ont pas forcément”, dire aux gens qui pensent que l’écriture, la littérature, l’art ce n’est pas pour eux : « justement, allez y, tout le monde peut le faire. Lancez vous ». Tu peux développer ?
C’est exactement ça ! On a tellement intériorisé nos propres barrières, parce qu’on nous a toujours dit que ce n’était pas pour nous. Pendant des années, j’ai toujours entendu que les enfants d’immigrés ne pouvaient pas aller en terminale L, faire de l’art. Et puis, on a nos famille qui nous poussent à faire autre chose. OK mais moi, je voulais surtout lire ! Je pensais être quelqu’un de lucide sur moi-même, mais c’était tellement enfoui ! On ne se sent pas légitimes la dedans, à cause de tout ce qu’on nous a toujours dit. Mais c’est vrai que le monde de l’édition est un milieu tellement fermé. Petites ou grosses boites, il n’y a pas tellement de noirs ou d’arabes par exemple. Quand tu en vois ils sont au courrier, à l’informatique ou dans les tâches subalternes.
Rachid : Ils n’aiment pas avoir de diversité dans ces milieux. Quand je bossais en agence de pub, on me faisait toujours comprendre qu’on n’en voulait pas trop.

J’imagine que tu reçois maintenant des manuscrits, quels conseils donnes tu à des apprentis écrivains/auteurs ?
Ça dépend du genre. Ce que je reçois le plus par exemple, c’est des autobiographies. Les gens ont besoin de se raconter, mais ce n’est pas si vendeur finalement. Il faut qu’il y ait quelque chose de vraiment particulier pour que ça touche le plus grand nombre, et il n’y a pas de la place pour tous. Pour ce qui est des romans, essais, pour voir son livre publié, il faut se structurer, se poser les questions “je veux aller où ? je veux parler à qui ? comment ? etc .. “, sinon on va droit dans le mur. Le travail de réécriture est tellement important ! Au delà de 20% de réécriture, un éditeur refuse, parce que c’est une perte de temps et donc d’argent. Pour un premier roman, il faut donc envoyer un manuscrit retravaillé plusieurs fois, et démarcher les maisons d’édition, avec une version adaptée à chaque éditeur, en fonction de leur ligne éditoriale.
Le conseil le plus important, c’est vraiment de pas avoir peur des critiques. Si on te dit, « ça c’est nul », c’est pas grave, tu recommences et ça sera mieux.

Alors, comment s’est fait le choix d’éditer le livre de Rachid ? Qui est allé à la recherche de l’autre ?
Rachid : Je crois que c’est elle qui est venue me voir à la soirée des Yabon Awards.
Ouafa : Au culot ouais!
Rachid : C’était la première fois que je testais ma “célébrité”. Je me disais “qu’est ce qu’ils ont les gens à me regarder?”,  je croyais qu’on me dévisageait ! C’était il y a 2 ans, et Ouafa est venue me voir en me proposant la possibilité d’une collaboration.
Ouafa : Oui, on se suivait déjà sur les réseaux sociaux mais on n’avait jamais vraiment échangé. Je suis allée le voir et lui ai dit « voilà, maintenant tu peux mettre un visage sur un nom, moi j’aime bien ton travail, si un jour t’es intéressé pour faire un livre, sache que je suis là ». J’ai planté une petite graine comme ça ! Et il est revenu vers moi.
Rachid : J’avais déjà été approché par des éditeurs « jeunesse ». C’était ce que je voulais faire à la base. Le souci, c’est qu’ils te donnent un texte et toi tu l’illustres. Je trouvais ça moins intéressant du coup.

Ouafa, ta première publication était un essai engagé, militant, la deuxième, un livre d’illustrations, c’est un peu un grand écart culturel, non ?
Avec deux livres seulement, on n’a pas encore défini de ligne éditoriale, mais Il y a toujours quelque chose d’engagé. Je n’aurais pas fait des dessins juste pour dire, j’édite des dessins. J’ai envie de faire des livres utiles, à n’importe quelle échelle. Après, on en revient aux fameuses cases dans lesquelles on te met. On me demande toujours quelle est ta ligne éditoriale, et ça fait un an que j’essaye d’écrire quelque chose, mais j’y arrive pas, parce que j’en sais rien, je veux faire ce que je veux, laisse moi tranquille ! (rires)
Donc on a fait un essai de maquette assez simple et on s’est dit on va voir, on va essayer de faire un beau livre. Moi, j’apprends aussi toujours sur le tas. J’apprends encore la technique pour ce type de livres, les couleurs, le choix du papier, la fabrication.

Fabriquer un livre comme celui de Rachid coûte forcément un peu plus cher que celui de Bakary Sakho, tu es allée au culot aussi pour ça ?
Le but est quand même de faire de beaux livres. C’est pas parce que c’est fait par des noirs et des arabes que le travail allait être mal fait ! Je ne veux pas tendre le bâton à ce genre de critiques. Si on nous attaque, on nous attaquera sur le discours, pas sur la forme. C’est super important. Et aujourd’hui le visuel aussi est important. Donc pour le livre de Bakary, on a eu une subvention, qui nous a permis de nous lancer avec un site internet, et les ventes du premier livre ont servi à fabriquer le second, tout simplement. Maintenant on a les fonds pour faire autre chose. Je n’ai pas encore le temps ni l’expérience pour faire des budgets prévisionnels, mais j’ai envie avant tout de faire de beaux livres ! Il faut juste que j’apprenne à gérer les tarifs de fabrication !

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Rachid, tes débuts sur le net datent déjà de 2012, avec la création de ton blog, qui a eu du succès assez rapidement, tu t’y attendais?
Non, à la base je l’avais lancé juste pour stocker mes dessins en fait, et il s’est avéré que certains étaient drôles, un peu malgré moi. Personne n’était censé les voir, à part deux ou trois potes. Et puis ils les ont fait tourner et ça a bien marché. Je pense que c’était le coté “c’est un arabe qui dessine, mais qui ne parle pas qu’aux arabes” qui a plu. Après j’ai eu d’autres publications qui ont bien marché aussi, comme “je mange de la viande halal” et il y a eu pas mal de non racisés qui l’ont fait tourner parce que du coup, ils comprenaient mieux comment on vivait le fait de manger halal, quand tu rentres dans un restaurant, et que sur la carte, il n’y a qu’un plat que tu peux manger, ou quand tu dis aux gens que t’es végétarien pour éviter de parler de tes convictions.
Et ensuite il y a eu le cas “Véronique Genest” ! Elle m’avait clashé parce que j’avais fait un dessin quand elle avait dit qu’elle était islamophobe. J’avais fait le nouveau dictionnaire de Véronique Genest, où je reprenais des mots comme “homophobe”, “xénophobe”, en disant qu’on pouvait être homophobe vu que c’était juste avoir peur des homos, etc.. Elle s’est énervée, et a menacé porter plainte contre moi, du coup, d’autres gens sont venus répondre sur Twitter et c’est parti comme ça !

Au début, tes dessins étaient vraiment liés au quotidien d’un jeune homme de ton âge. Tu parlais de ton amour pour le café ou la pastèque, c’était bourré de références populaires, très 90s, mais rapidement, et naturellement, tu as commencé à parler du racisme ordinaire, ou de sujets un peu plus polémiques, sans forcément aller jusqu’au militantisme, comment tu trouves l’équilibre ?
J’ai justement toujours voulu éviter l’image du militant tout simplement, parce que ce n’est pas moi au quotidien. De temps en temps, on me demande de faire un dessin, donc si je trouve la cause juste, oui, je participe, mais je refuse d’être encarté. A un moment, tout ça me saoule, si je suis trop dedans, je sature. Ça en bouffe certains, ils voient du mal partout, constamment. J’ai déjà un fond très dépressif, donc si je commence à être trop la dedans je finis par me flinguer !

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2 septembre 2015 : Aylan est retrouvé noyé

C’est pour ça que tes dessins baignent dans un univers enfantin, comme si tu survolais les événements?
Oui, j’essaye de faire des trucs un peu féeriques, dans les nuages, pour me dégager de tout ça. Ça m’aide pas mal. Le fait que ça soit enfantin ne veut pas forcément dire naïf. Je pense que les enfants ont une lucidité que nous n’avons plus, ils te disent des vérités sans fard. Ils ne sont pas si naïfs que ça, eux voient la vérité et nous on se la cache. Donc oui, il y a ce coté enfantin, qui fait que tu peux dire ce que tu veux.
Ouafa : Moi c’est ce coté un peu “intermédiaire” qui me plait dans ses dessins, parce que finalement, je suis un peu comme lui. On est des arabes certes, mais on n’est pas des clichés, on est surtout des êtres humains normaux quoi (rires)
Rachid  : Ce que je trouve fou, c’est qu’on nous demande d’être des militants.

Il y a une telle violence, des critiques et attaques permanentes, que dès que quelqu’un arrive a avoir un peu de lumière, on met beaucoup d’espoirs et d’attentes en eux. On leur demande d’être tout.
Ouafa : Oui, mais du coup, il y a des choses que tu ne peux pas dire au risque de te prendre des critiques de toutes parts.
RachidJe trouve qu’il y a pleins de choses à dire sur notre communauté et surtout pleins de choses à améliorer, et on a parfois des oeillères et on en refuse certaines vérités. C’est dommage.
Ouafa : Il y a quand même une belle hypocrisie, parce que quand c’est des comédiens de stand-up qui viennent cracher sur nos origines, ça rigole sans problème.
Rachid : Oui voilà, mais dès qu’on est entre nous, et que t’essayes d’ouvrir le débat sur le fait d’aller plus souvent dans les musées, parce que ouais dans les musées, j’ai envie de voir plus d’arabes et de noirs, ya plus personne. Quand j’ai dit ça je me suis pris une floppée d’insultes. J’ai l’impression qu’une partie de la communauté n’aime pas quand tu commences à avoir un peu de succès. Il y a quelques temps, j’ai fait des dessins pour un gros site connu et j’ai eu pleins d’insultes sur ma page : ”ouais c’est bon t’es un vendu, tu bosses pour les grosses boites”. Et ça venait plus souvent des mecs.

Justement, j’ai remarqué que ton public, sur Facebook, était plutôt féminin. En tout cas les personnes qui interviennent sont plus souvent des femmes. Qu’est ce qui explique cela ?
Ouais les filles interviennent plus facilement. De toute façon les filles quand elles ont un truc à dire, elle le disent alors que les gars pour que ça les marque vraiment, faut y aller. C’est plus souvent la critique de leur part. Même quand je mets parfois des citations pour accompagner mes dessins, ça leur pose problème ! C’est pour ça que je n’en veux pas trop à ceux qui, une fois arrivés en haut, passent à autre chose, et n’en parlent pas trop. Je ne parle pas de ceux qui crachent sur leurs semblables, ceux là on est d’accord, ce sont des s****** !
Je voulais pas reprendre cet exemple mais bon, Leila Bekhti, qui au début commence avec des rôles très marqués “rebeues”, elle avance et finit par faire des choses très éloignées. Je pense qu’elle a eu besoin d’aller plus loin et de lâcher le côté communautaire sans pour autant cracher sur la communauté et se renier.
Ouafa : Le problème, c’est que très vite, on va t’appeler « la beurette » sans raison ! 
Tu peux pas être une personne à part entière. Quand j’ai commencé à faire l’émission de radio OKLM, je ne m’attendais pas à une telle violence. Je fais une chronique historique, avec Booba, tranquille et la première chose, qu’on est venu me dire sur Twitter, c’est “espèce de beurette”. T’as envie de lui dire, c’est même pas logique ce que tu dis en fait ! Une beurette, dans ta conception, ça ne parle pas d’histoire ! Mais comme je ne correspondais pas à leur cliché de la fille arabe, ils t’y renvoient en t’insultant. Et ce terme est utilisé le plus souvent par les hommes de notre communauté !

Publier un livre pour toi, c’était un objectif de longue date ou ça t’es venu quand Ouafa t’en as parlé ?
Oui, ça a toujours été un objectif ! Sur internet, c’est cool, mais ça reste “pas sérieux” pour les gens. L’internet c’est abstrait. Que ce soit pour ma mère ou pour les élites parisiennes, quand tu dis j’ai un blog, t’es jamais pris au sérieux, quel que soit ton nombre de vues.  Parce que même si hier j’ai fait un dessin qui a eu plus de vues que leur émission de télé, Ils ont besoin d’avoir du papier. C’est bien d’avoir quelque chose à leur jeter à la figure en leur disant “tiens connard!” (rires)

Et du coup, pourquoi avoir fait un recueil d’illustrations plutôt qu’une BD, ou un conte pour enfant par exemple ?
Tout le monde me pose la question de la BD, mais en fait la BD ne m’a jamais intéressé. La BD c’est chiant à faire, tu dessines la même chose plusieurs fois, autant faire un roman. Je me lasse super vite. En fait, là chez moi, je suis en train d’écrire un roman, qui traite de la sorcellerie marocaine.
Ouafa : Tu vas te couper un certain lectorat ! (rires)
Rachid : Nan, parce que ça va être assez drôle ! Et là quand j’écris, je découvre que j’ai plus de plaisir à construire une histoire. Le dessin pour moi c’est du one shot, c’est des situations uniques. Là, ça ne sera que du texte. C’est aussi l’avantage d’avoir fait un premier livre, ça me donne des ailes pour faire autre chose!

Justement, les textes qui accompagnent tes illustrations donnent une force en plus à tes illustrations. Parfois ils sont en complet décalage et offrent même une histoire parallèle ! Comme celui sur Saddam Hussein et ses sosies qui était géniale. On te découvre aussi en tant qu’auteur.
Oui j’aurais aimé le développer, mais c’est le problème du format ! Ça mérite une histoire d’un Saddam qui habiterait en banlieue de Mulhouse et qui aurait ses petits voisins etc … Auteur, c’est aussi mon métier. Je suis concepteur-rédacteur en publicité, j’écris aussi des choses ici et là pour d’autres, mais je le mets moins en avant. Le livre permet aussi de modifier tout ça. Sur ma page Facebook, avant je ne communiquais que par dessins. Aujourd’hui, il m’arrive de poster des photos de moi, ou des vidéos, de dire ce que je pense. Je suis en train de changer la manière dont les gens me perçoivent. Après j’aimerais faire de la peinture, de l’aquarelle. Quand j’étais en école d’art, je peignais sur des murs entiers, pendant 12/13h d’affilée.

On le ressent bien dans le livre, parce que les dessins sont plus complexes et aboutis que sur ta page/blog.
Oui ça a étonné Ouafa d’ailleurs. Elle m’a dit “ah je m’attendais pas à ce style la”. Je me suis dit c’est peut être la seule fois que je vais publier quelque chose, donc autant faire un truc que j’aime. Ça ne valait peut être pas le coup de montrer ce qu’il y avait sur internet, parce que les gens l’ont déjà gratuitement en fait.
Ouafa : Même la technique utilisée est assez différente.
Rachid : Oui voila, je voulais faire quelque chose de plus réfléchi aussi !

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17 décembre 2010 : début du printemps arabe

Lequel de ces dessins a été le plus difficile à réaliser ? Et lequel préfères tu ?
Par rapport au thème, c’était celui sur la mort de Ilan Halimi. Je savais pas quoi dessiner. Je savais que ça m’avait touché, et en plus cet été j’ai vu un film sur cette histoire, qui était vraiment islamophobe, c’était incroyable. Il y a des témoignages des coupables et à chaque fois, ils parlent d’islam. “Ouais je suis rentré chez moi, j’ai fait mes 5 prières et après je suis allé garder Ilan” mais de quoi tu parles ?! A part ça, le film était bien, il montrait bien le calvaire. Il y avait un seul “arabe” gentil, c’était le meilleur ami d’Ilan, mais on le voit jamais, on l’entend au téléphone c’est tout… Enfin voila, je suis resté longtemps sans savoir quoi dessiner !
Et celui que j’ai pris le plus de plaisir à dessiner c’est celui sur l’abbé Pierre. J’ai dessiné un nuage et je trouve que ce nuage fait partie de mes meilleurs dessins. Je l’ai trouvé magnifique. Je me souviens je l’ai dessiné devant “Un prince à New York” d’Eddie Murphy (c’est toujours une bonne inspiration, ndla). Je me suis dit à la fin, putain il est cool quoi.

Ouafa, tu as déjà une idée de ta prochaine publication ?
Oui, ça sera complètement différent ! J’aimerais beaucoup faire un livre d’Histoire et mettre en avant des pans méconnus.

Rachid, si tu étais éditeur comme Ouafa, quel genre de livre tu choisirais de publier ?
Je pense que j’irai chercher Demi Portion, le rappeur, et je lui demanderai d’écrire un livre. J’espère un jour qu’il écrira quelque chose, il est tellement humble dans ce qu’il fait, dans son art, dans sa vie. 

Et toi Ouafa, si tu devais citer une date qui t’a marquée, tu choisirais quoi ? 
C’est pas une date que j’ai vécu, parce que j’étais trop jeune pour m’en rendre compte, mais pour moi, ça serait la mort du commandant Massoud. J’avais 11 ans, un mec meurt en Afghanistan, tu t’en rends pas compte, tu comprends pas.
Rachid : Tu sais que j’ai failli commencer le livre par cette date là ?. Est ce que c’est pas ça le vrai déclic, plutôt que le 11 septembre? Après, je pense que le 11 septembre, c’est plus marquant pour le grand public. Ouais j’ai pensé marketing (rires). Massoud c’est vraiment plus pointu.
Ouafa : Sur le coup l’événement m’est passé au dessus, mais c’est vrai qu’après coup, j’en ai compris la portée. C’est aussi grâce au rap, Médine en parlait beaucoup et je suis une grande fan. J’ai lu les quatre, cinq livres sur le sujet. Cet homme avait un parcours incroyable. J’ai l’impression qu’on a surtout tué un des derniers espoirs.

Et enfin, les coups de coeur dialkoum du moment ? 
dialna-rakidd-akaminskyOuafaUn livre qui m’a bouleversée c’est “Une vie de faussaire” d’Adolfo Kaminsky, qui est le père du rappeur Rocé. C’est un homme incroyable, juif russe, de nationalité argentine, qui était faussaire. Il faisait de faux papiers pour les résistants et les juifs, et il a permis de sauver la vie de plusieurs milliers de personnes. Il a été interné à Drancy. Il a eu une chance inouïe de pouvoir en sortir, grâce aux accords de paix avec l’Argentine. Il s’engage ensuite dans toutes les luttes tiers-mondistes. J’en ai pleuré à la fin, parce que je voulais pas que ça se termine ! Je recommande ce livre à tout le monde ! Sinon ce que j’écoute tout le temps à part du rap, c’est Mayra Andrade, je l’écoute tous les matins. Quand tu te lèves et que t’as envie d’être de bonne humeur, tu mets Mayra Andrade, et t’es bien.

Rachid Ya un mec qui s’appelle Bon entendeur sur Youtube et il fait des mix de sons et de citations de personnalités, et c’est tellement bien amené. C’est très motivant. Ma préférée, c’est avec Alexandre Astier, parce que je suis fan de lui.

Sinon en musique, j’écoute beaucoup de jazz, donc je dirais Ella Fitzgerald. Et en rap un peu commercial, j’aime bien “Cellophané” de Rim_K, là je l’écoute en boucle. Ça parle de drogues, de prison, tout ça, ça me ressemble quoi ! (rires)

On souhaite un beau succès au Monde de Rakidd, disponible en commande chez Faces Cachées et dans vos librairies !

« Le monde de Rakidd« 

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14€

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