[Photographie] Maya Ines Touam : Oran-Tizi-Constantine et les femmes

dialna - Maya Ines Touam

Maya Ines Touam, jeune photographe française d’origine algérienne réalise des séries de photos sur les femmes arabo-berbero-musulmanes, travail principalement ancrée en Algérie. Ses travaux ont été exposés à Alger, Paris, New York. L’occasion pour Dialna de discuter photo et perception des femmes avec l’artiste.

La première fois que j’ai vu les photos de Maya Ines Touam, c’était sur Instagram, il y a deux ans, croyez moi, ça a été « Love at first sight » !

Dans un monde noyé d’images, où tout le monde se dit photographe, artiste ou plasticien, Maya est clairement les trois et gère avec brio le concept de série photographique. Elle a une vraie vision d’auteure et une solide culture de l’image.

Un tabouret + un sol + un mur + un modèle + une ville et un témoignage ! Bam vous obtenez une série qui va entrer dans l’histoire de la photographie faite par une femme franco-algérienne.

Enfin, une femme originaire du Maghreb qui parle des femmes maghrébines et de leurs vêtements. A travers cette série, elle leur rend la parole mais valorise aussi leurs forces, leur histoire et leurs caractères.

Quelques années après, elle réalise la série « Ready made » c’est la version du portrait en creux de ces femmes (portrait sans montrer le sujet, mais des objets qui le définissent) qui lui ont offert des cadeaux et autre souvenirs, pendant le shooting de « Révéler l’étoffe ». Elle nous plonge alors dans un univers clair-obscur, digne des peintres flamands.

Maya vibre avec l’Algérie, s’attache aux petits détails et travaille non stop pour montrer au monde entier ce que ce pays a de plus beau … Ses femmes !

dialna - Maya Ines Touam
Série « Ready made » © Maya Ines Touam

Place à la discussion avec l’artiste.

Maya, peux-tu nous raconter ton parcours photographique ?
J’ai un parcours assez classique, j’ai commencé la photo en école préparatoire à Paris, frustrée de ne pas vraiment savoir dessier, je me suis mise à composer des photos et à apprécier le résultat. Puis j’ai intégré les Beaux-Arts de Paris où j’ai appris à maitriser la photographie argentique (très ancienne) tout comme le numérique ensuite, grâce à une bourse de l’Institut français d’Alger, j’ai pu commencer ma première véritable série photo « Révéler l’étoffe ». Les choses ont prit un réel tournant à ce moment là. J’ai alors pris conscience que la photo n’allait plus être un outil de contemplation mais un outil d’action, en mettant en scène ces femmes, je me suis rendu compte du pouvoir visuel de ce travail. J’ai poursuivi cette série de photos dans le reste de l’Algérie, à Oran, Constantine, Tizi Ouzou… A coté de cela, je fais une autre série de photographies plus onirique, plus poétique, où se mêle objets symbolique et objets du quotidien de la femme arabe.

Pourquoi as-tu choisi la photo comme médium d’expression ?
Comme je te le disais, ça a été mon moyen de prédilection pour réussir à exprimer mes idées et visualiser mes engagements. D’autant plus que nous sommes rentrés dans une ère extrêmement visuelle où la photo est un medium qui prend de plus en plus d’importance. Elle devient incontournable dans le monde de l’art.

Tu travailles essentiellement en couleur, pourquoi ?
Aux cours de mes études mon travail était uniquement en noir et blanc et en argentique. Je crois que j’avais besoin de comprendre le cheminement de l’histoire de la photo pour me le ré-approprier entièrement. Maintenant je suis passée au numérique et à la couleur, mais cela évoluera. D’ailleurs la série « Ready Made » reste en couleur, mais je travaille essentiellement les masses de lumière et plus de valeurs de couleurs, ce travail est proche des peintures flamandes et du clair obscur.

Justement cette série, « Ready Made » est splendide ! Comment t’es venue l’idée de réaliser des natures mortes, version « Maghreb » ?
A force de collecter des récits de femmes, avec « Révéler l’étoffe », ainsi que des objets de leur quotidien qu’elles m’offraient. J’ai décidé de faire des portraits, mais symboliques cette fois ci, chaque composition pourrait être une femme rencontrée au cours de mes voyages au Maghreb.

Le voile aussi est central dans ton travail, je pense à la série « Iconodoute, je flirt avec le sacré » ou bien « Révéler l’étoffe » où on touche les étoiles par tant d’intelligence dans ton travail. Peux tu nous en dire plus ?
Je pense qu’il y a autant de manière de penser le voile, qu’il y en a de le porter. Tous ces voiles forment une constellation de drapés et de silhouettes, plus belles les unes que les autres. Je m’amuse à ma guise à travailler avec, sans jamais me lasser de leur richesse.

Le sujet du voile cristallise les conversations, quelles réactions as-tu en quand tu exposes ces travaux ?
Tout dépend du pays ou ces travaux sont présentés, aux Etats Unis par exemple, le public trouvait les étoffes fabuleuses, ils me posaient des questions plus ethnologiques mais le fond social ne les a pas particulièrement marqués, tandis qu’en France, tout le passé colonialiste reste marqué dans la mémoire collective. Le public m’a donc plus facilement posé des questions sur la pertinence de ce projet.

Quels sont tes projets aujourd’hui ?
Retourner en Algérie photographier les femmes au sud du pays puis en faire un livre.

Si tu étais une ville ?
Alger.

Un Pays ?
La Jordanie.

Un plat ?
Pour le coup, je suis très française, charcuterie, fromage et vin rouge.

Un son ?
« Batwanis Beek » de Warda.

Un film ?
Azur et Asmar de Michel Ocelot.

Un mot de fin pour nos lectrices et lecteurs  ?
La détermination et l’ambition sont plus forte que le don ou le génie. Il ne faut jamais passer à coté de ses rêves.

Je vous invite à suivre Maya sur son compte Instagram, n’hésitez pas à visiter son site.

Merci Maya, pour cette exigence et ce résultat photographique digne des grandes !

©Maya Ines Touam & retouche Thomas Echegut.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.